Perdue en pleine campagne, l’église des Alouettes est ouverte aux quatre vents. Sans paroisse ni curé, elle est à l’abandon depuis de nombreuses années. Un projet d’habitation pourrait lui redonner vie.

Une petite route, étroite, serpente au milieu des champs, à la sortie du village de Sombreffe.

Un clocher, surgi de nulle part, s’élève au-dessus de l’horizon.

C’est celui de l’église de la Chaussée. Mais à Sombreffe, on a pris l’habitude de l’appeler l’église des Alouettes.

Une église d’abord privée

L’église des Alouettes se dresse tant bien que mal au milieu des champs, entre plusieurs hameaux. Curieuse implantation, loin de tout.

Robert Brunelle, ancien bourgmestre de Sombreffe (de 1970 à 1977) nous raconte l’histoire de cette petite église.

« En 1903, le conseil communal décide de construire une école gardienne en dehors du centre du village. Le curé de l’époque, l’abbé Sevrin, demande alors au baron de Crawez un terrain pour y ériger également une église. »

Le curé voulait que l’église se situe au milieu de différents hameaux : Pont-au-Rieu, Vivier-Anon, les Bruyères et Ardennelle. C’est finalement Jean Brunelle qui propose un terrain de 8 ares pour y ériger le lieu de culte.

« L’église a été construite à peu de frais », poursuit l’ancien mayeur. Ce sont les paroissiens qui en ont financé la construction. Les briques étaient fabriquées et cuites sur place avec les terres de remblai.

Dédiée à l’Immaculée Conception, elle fut consacrée en 1907, la veille de Noël.

L’église de la Chaussée et son presbytère, tels qu’ils se présentaient au début du siècle.

Légalement, comme l’église a été construite sur le terrain de M. Brunelle, elle lui appartient. Il devra donc en faire don à la fabrique d’église. Ce qui sera chose faite en 1912.

Curiosité de l’époque, les paroissiens pouvaient disposer de leur propre chaise. À condition de payer une taxe à la fabrique d’église.

Après la guerre, les plus aisés d’entre eux ont remeublé l’édifice : bancs, autel, confessionnaux et fonts baptismaux. On comprend mieux l’attachement des Sombreffois pour leur petite église des Alouettes.

Tout au long de l’entre-deux-guerres, la paroisse était particulièrement active, animée par différents vicaires qui s’y sont succédé. Mais on n’y célébrait jamais ni mariages ni enterrements, parce qu’elle était trop éloignée de la maison communale et du cimetière. Les messes de Noël étaient animées. Et les paroissiens se retrouvaient ensuite au milieu des champs, en pleine nuit.

Fusillé par les Français

Parmi les curés qui se sont succédé aux Alouettes, l’abbé Germain Hauchard est régulièrement rappelé par l’armée. C’est alors le père Forget, de Gentinnes, qui le remplace à la paroisse. Mais il sera fusillé en mai 1940 par les Français. Ceux-ci l’ont pris pour un parachutiste allemand.

Le dernier curé des Alouettes, Paulin Dury, a quitté Sombreffe en 1973. Les offices ont été alors célébrés par le curé de la paroisse principale de Sombreffe, jusqu’en 1994.

« Beaucoup ont dit que l’église allait s’effondrer. Ils sont tous morts et l’église est toujours là » Robert Brunelle

Robert Brunelle : « L’église a finalement été abandonnée, par manque de prêtre et par manque de paroissiens. » Mais elle est restée debout, au milieu de ses champs.

Si elle ne s’est jamais effondrée, elle reste malgré tout fragile. En témoignent ces tirants traversant la nef pour stabiliser les murs extérieurs.

Un projet de réhabilitation

Depuis le milieu des années 90, plus grand-chose n’a bougé. L’église continue de braver les éléments, exposée comme elle est sur la plaine.

Il reste un espoir de la voir restaurée. Un habitant de Mont-Saint-Guibert l’a rachetée il y a quelques années. Son projet ? En faire son habitation et ses bureaux. Projet ambitieux. Mais le bâtiment mérite d’être restauré.

Il nous explique : « Le bâtiment est sain mais il faut régler le problème de stabilité, dû à une charpente mal conçue. On pourrait garder les tirants ou trouver une autre solution, pas trop coûteuse ». C’est bien là le problème, si ce nouveau maître des lieux est particulièrement motivé, les banques ne lui apportent pas le soutien qu’il en attend.

Pour ce qui est de l’aspect religieux de l’édifice, il ne compte pas changer grand-chose. « C’est une église, aucune raison de ne pas garder les signes extérieurs de sa fonction ». Le mobilier a été vendu par la fabrique, comme le chemin de croix. Quant aux vitraux, il ne sera pas possible de les garder : « J’aimerais pouvoir les céder à un artisan verrier qui pourra les restaurer. Ici, les ouvertures seront étirées vers le bas, donc je ne pourrai pas les conserver. »

Des réhabilitations d’église, il y en a déjà eu d’autres. Un magasin à Namur, un hôtel à Malines, un chantier en cours pour une habitation à Morlanwelz.

Pour les Alouettes, le propriétaire espère bien pouvoir trouver le financement nécessaire à la réalisation de son projet. Au risque de devoir finalement l’abandonner. La mort dans l’âme.

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