La fin d’un chantier de 30 années2018-12-04T16:27:28+00:00

1988, c’était l’Europe des Douze, c’était la régionalisation du pays. L’État avait financé ces travaux qu’on qualifiait de pharaoniques, cette charge allait rapidement échoir aux Régions. Quelle allait être la hauteur des crédits routiers régionaux pour 1989, personne ne le savait.

En 1988, on parlait déjà de compressions budgétaires, si, si ! Au gré des moyens et des décisions, la largeur du serpent autoroutier est ainsi allée de presque 39 m à seulement 28 m selon les sections. En province de Luxembourg, on trouvait trois gabarits, dont les deux extrêmes. Aux endroits les plus étroits, la bande d’arrêt d’urgence pouvait tout juste accueillir une voiture, pas question d’y changer une roue crevée. On n’en parlait pas à l’époque, mais l’épaisseur des chaussées avait aussi tendance à s’amincir d’année en année…

150 km sans stations-service

L’essoufflement financier se constatait aussi pour les équipements. Lors de l’ouverture finale, il valait mieux inspecter sa jauge de carburant avant de démarrer, car il n’y avait aucunes stations-service entre Aische-en-Refail et Capellen au Grand-Duché, 150 km au long desquels seul le parking de Tellin était terminé. Les autorités avaient envisagé d’indiquer les stations-service proches des sorties mais un écueil juridique l’interdisait : l’interdiction de publicités le long des autoroutes.

Une autoroute au rabais

Même scénario pour les téléstrades, ces bornes téléphoniques de secours orange. On n’en trouvait aucun sur 80 km, entre Ciergnon et Habay.
Et même raisonnement pour l’éclairage nocturne : avec seulement une sortie en moyenne tous les 8 km, pas de crainte de l’effet trou noir qui justifiait l’éclairage total ailleurs.

Bref, une autoroute au rabais.

Autoroute de la Mer, du Soleil, de Wallonie.

Comment allait-on la baptiser, cette nouvelle E 411 ? On entendait souvent parler de l’autoroute des Ardennes, mais les Ardennes sont en France, alors, de l’Ardenne, de l’Europe ? Les Ardennes se sont imposées avec le temps…

En 1988, le trafic n’était pas aussi intense qu’aujourd’hui. On en veut pour preuve les contrôles douaniers de l’époque. Képi autoritaire et ciré jaune vif (les vêtements fluo n’existaient pas encore), des douaniers interceptaient voitures et camions en gesticulant sur la chaussée pour les dévier vers le parking de Tellin. Le premier arrêt se faisait sur la bande de ralentissement, à l’entrée de l’aire de repos. Inimaginable aujourd’hui !

« Le roi serrait les mains sans un mot »

Jacques Fasbender était bourgmestre de Habay au moment de l’inauguration de l’autoroute. Il a donc assisté à la cérémonie officielle dans un chapiteau dressé pour l’occasion au poste frontière de Sterpenich (Arlon). « Mais avant cela, nous avons attendu le couple royal au début du tronçon à Léglise. C’était une sorte de comité d’accueil composé de Charles-Ferdinand Nothomb, la ministre des Transports Paula d’Hondt », se souvient celui qui fut à la tête de Habay de 1984 à 1990. Le 5 décembre 1988, Jacques Fasbender rencontre pour la première fois le roi Baudouin et la reine Fabiola, sur le béton tout frais de l’autoroute. « C’était un peu particulier. Je me souviens de Baudouin serrant les mains, dont la mienne, sans dire un mot. La Reine est de suite allée vers les enfants. La délégation, encadrée par la police, prend la direction de Sterpenich. Là, c’était un gros événement, une grand-messe en présence du grand-duc Jean et de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte et d’autres personnalités. »

Le 5 décembre 1988, le dernier tronçon de l’E411 était inauguré, permettant ainsi de faire Arlon-Bruxelles sans quitter l’autoroute. Il a fallu se battre pour avoir une autoroute en Luxembourg belge et permettre, avec sa construction, de désenclaver la province en l’accrochant au réseau routier grand-ducal et français. L’Avenir revient sur cette construction historique. Différents chapitres complètent ce Grand Angle au fil des jours. Ok