Un but qui avait tout changé2017-10-19T11:29:13+00:00

Seul au milieu d’un stade qui l’a vu marquer ses premiers buts en équipe fanion, Mathieu Belme nous attend, perdu dans ses souvenirs. Ceux-ci se bousculent, plus ou moins clairs dans son esprit : « Depuis que j’ai quitté le club, je ne suis plus jamais vraiment revenu ici, à part quand je passais en voiture sur le pont juste à côté et d’où je jetais un œil sur le terrain. »

Ce terrain, Mathieu l’a arpenté à de nombreuses reprises sur son flanc gauche durant les quatre saisons passées au club, la Royale Entente Racing Club Amay. « C’était la grande époque des Thierry Witsel (NDLR : le père d’Axel), Roland Giet, Joël Parla, Philippe Simonis, Walther Zarnowski et bien d’autres stars du foot régional. » On est alors au tournant du nouveau millénaire et le club amaytois a le vent en poupe. Club-phare de la P1 liégeoise, il déborde alors d’ambitions sous la houlette de son président tout puissant, Robert Collignon, ministre-président de la Région wallonne.

« C’était une autre époque », se remémore Mathieu. « Quand on arrivait dans le vestiaire avant le match, il n’était pas question de toucher aux maillots : c’est le président qui venait dans le vestiaire et qui distribuait les numéros ! Robert Collignon avait une aura très forte, il était toujours en première ligne. C’était un sacré personnage. C’était un autre temps. »

Un autre temps. Aujourd’hui, Amay poursuit sa route. En P1 liégeoise, toujours, même si les ambitions ont été revues à la baisse. Le président historique du club a tourné les talons il y a quelques années, tandis que le pouvoir communal changeait de main, non sans voir acté le déménagement du club sur son nouveau site, la Gravière, à moins d’un kilomètre de là. Il y a dix ans.

L’herbe haute, des graffitis recouvrant une bonne partie du bloc vestiaires, tribune éventrée : l’ancien stade communal fait peine à voir. Le club voisin d’Engis y a bien trouvé refuge il y a quelques années, mais ce ne fut que temporaire. Face à cette désolation, Mathieu ne peut s’empêcher de remarquer : « Tiens, il manque un but. » Et quel but !

Nous revenons un instant en 2000. Mathieu n’a pas encore soufflé ses 21 bougies. Grâce à ses « entrées », le président Collignon parvient à organiser un match de prestige pour son club durant la préparation de la nouvelle saison. Et c’est le Standard de Liège qui, avec toute son armada, débarque au petit stade communal d’Amay, lequel pour l’occasion est comble. Sous les yeux d’un Tomislav Ivic découragé rien qu’à voir l’état de la pelouse, les Liégeois n’ont pas besoin de forcer leur talent pour rapidement planter 4 ou 5 buts. Mais c’est bien un Amaytois qui va marquer les esprits. Et pas n’importe lequel…

« Je me souviens que je n’avais pas commencé la rencontre », raconte Mathieu, une vive lueur dans les yeux. « J’étais pourtant habituellement titulaire mais le coach avait choisi pour l’occasion de faire tourner, afin que chacun puisse jouer un peu. Je suis monté à la mi-temps et j’ai marqué le but de l’honneur : une frappe des 35 mètres qui a pris la lucarne de Vedran Runje. Je me souviens avoir sauté très haut, car j’étais évidemment très content ! Je me rappelle encore les chaussures que j’avais pour ce match : des vieilles Adidas Predator. Oh, ça remonte à dix ans. Non, plus ! J’ai encore quelque part chez moi une photo où je tombe dans les bras du manager de l’époque. »

Ce but, Mathieu l’avait inscrit face à la buvette, avant de faire le tour complet du terrain, fou de joie d’avoir marqué contre ses idoles. Un but qui, aujourd’hui, a donc disparu. Mais un but qui a lancé la carrière de Mathieu, lequel connaîtra par la suite la division 2 avec Tirlemont où, trois années de suite, il termine meilleur buteur de son club.

Près de vingt ans plus tard, Mathieu est revenu dans la région. Après Huy, Solières et Wanze/Bas-Oha, le voici désormais à Warnant. À nouveau en P1 où il va bientôt jouer contre… Amay. Mais pas sur ce terrain qui a jadis tout changé pour lui. Ce terrain, voilà dix ans que le club n’y joue plus. Mais les souvenirs de Mathieu, comme de centaines d’autres joueurs passés par là avant lui, continuent de hanter ce que, dans la petite bourgade, on continue d’appeler « le stade communal ».

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Des arbres qui poussent au milieu d’une tribune, de la rouille qui ronge les pylônes d’éclairage, des graffitis qui jonchent les murs des vestiaires, des fantômes du passé qui se souviennent de leurs exploits: L’Avenir est parti à la découverte des terrains de football abandonnés de Wallonie.