Août 1914, les Allemands occupent l’usine d’Athus et font main basse sur tout ce qui est précieux: matières stockées, matériel roulant, etc. Tout cela est conduit en Allemagne. L’usine n’est pas démantelée au contraire de nombre d’autres sites dans le pays que les soldats de l’empereur vont complètement mettre en pièces. Athus n’a heureusement subi aucun dégât, ce qui lui a permis de reprendre ses activités dès l’armistice signé.

On suppose que c’est parce que les Allemands avaient transformé cette usine en un vaste camp de prisonniers qu’elle a été épargnée.

«L’occupant va parquer là des prisonniers français dans un premier temps, puis des Russes ensuite. Pas pour travailler, car ce n’est en effet qu’un centre de détention», avance Anne-Marie Biren, la présidente du musée d’Athus, lors d’une visite commentée. Ce musée dispose de nombreux clichés inédits notamment sur les deux guerres mondiales.

Des patates cultivées dans l’enceinte de l’usine

Si l’usine est à l’arrêt, la centrale électrique indispensable pour l’éclairage d’Athus va continuer à fonctionner pour l’éclairage d’Athus. Les familles, qui n’ont plus de revenus puisque les ouvriers n’ont plus de travail et que certains sont même partis à la guerre, doivent se débrouiller: «Les femmes ont constitué des comités de soutien et ont organisé des soupes populaires», raconte encore Mme Biren.

On le voit bien sur des clichés du musée et sur lesquels le directeur de l’usine de l’époque, Oscar Donjean, apparaît comme président d’honneur de cette association dite de «soupe de guerre» et qui était principalement destinée aux enfants.

«Les femmes venaient même d’Aubange et cultivaient des pommes de terre dans l’enceinte de l’usine. Le moindre espace était donc exploité», précise la présidente du musée.

Une Wagenfabrik

En janvier 1917, il n’y a plus de prisonniers français. L’usine d’Athus reprend du service, mais pas dans la sidérurgie.

Elle devient en effet une «Wagenfabrik», une fabrique de chariots. On ignore combien de ces chariots ont été produits là et qui les fabriquait exactement; des prisonniers russes restés sur place ou des déportés français et belges? Ces chariots étaient destinés à l’armée impériale qui s’en servait pour transporter ses canons.

Lors de la transformation d’une maison à Athus, on a retrouvé, sous une épaisse couche de tapisserie, des dessins sur les murs. On a appris que des prisonniers dans cette maison ont fait tous ces graffitis avant d’être transférés à la forteresse de Montmédy. C’est assez étonnant. «On peut dire qu’Athus, au début de la Première Guerre mondiale, était un grand camp d’internement pour les prisonniers de guerre, que ce soit l’usine et les maisons de la commune», explique encore Anne-Marie Biren.

Contrairement aussi à de nombreux villages de Gaume et du centre-Ardenne, Athus ne connaîtra pas d’atrocités commises par les troupes du kaiser: «Le fait que la population ici parlait allemand a évité les exactions. La région a donc moins souffert», précise encore Mme Biren.

Les résistants cachés dans les cases à mines

Il y a donc eu un véritable réseau de résistance au sein même de l’usine au cours de la Seconde Guerre mondiale. Les résistants se cachaient dans les cases à mines qui constituent un véritable labyrinthe.

«Outre nos missions d’espionnage, notre rôle était de maintenir dans la clandestinité ces centaines de personnes en les ravitaillant avec le produit de nos vols effectués chez ceux qui faisaient du marché noir ou dans les commerces de collabos. Il y avait divers groupements de résistance (le Front de l’indépendance, les Insoumis, les Partisans armés, le Mouvement national belge) qui avaient peu de contacts entre eux. Tout cela se faisait discrètement: l’usine tournait, mais au ralenti…», notait Aimé Boterberge dans son livre L’Envahisseur venait de l’Est, édité par les Amis du folklore d’Athus en 1993.

En août 1944, écrivait encore Aimé Boterberge, les sabotages s’intensifièrent à la demande de Londres. Le 3 septembre, la nouvelle se répandit que l’avant-garde américaine était à Longwy. Les mouvements de résistance sortirent de l’ombre, armes à la main, Deux coups de feu claquèrent et deux résistants tombèrent, mortellement atteints. Pierre Luttgens, ingénieur et chef des Insoumis, donna l’ordre de se retrancher dans l’usine, pour un meilleur contrôle. Cette fusillade allait se payer cher. À Athus, deux chars allemands furent dépêchés du Grand-Duché cet après-midi du 3 septembre, pour annihiler la résistance. Il y eut quelques tués dans la ville, et le combat dura quelques heures, mais les nazis n’osèrent pas s’aventurer dans l’usine piège. Ils revinrent le lendemain, il y eut des pertes des deux côtés, mais l’usine avait tenu bon. Pierre Luttgens, notre chef, avait toutefois été tué et il ne restait plus qu’une chose à faire: quitter Athus pour le maquis de Musson. De retour à Athus, chars à l’appui, les Allemands trouvèrent une usine vide. Ce n’est que le 9 septembre que nous sommes rentrés à Athus. Mais, quand les soldats américains sont arrivés, les rues étaient désertes; les gens avaient peur et ne savaient rien. Ce n’est que l’après-midi qu’il y eut des scènes de liesse; nous avons fait la circulation pour faciliter leur montée vers Pétange», conclut l’auteur.

« Tous les 21 juillet et 11 novembre, le drapeau belge flottait au-dessus de l’usine, défiant les nazis ! Ils n’osaient pas trop s’aventurer dans l’usine parce qu’elle pouvait se révéler être un piège pour eux. Notre réseau de résistance était bien organisé. »

Comment le directeur a dupé les Allemands

« Cette usine constituait une planque idéale pour organiser des réunions. Non loin de là, dans les galeries de l’ancienne minière de Musson, s’organisait le maquis pour les Grand-Ducaux qui avaient déserté l’armée et qui étaient recherchés, pour les Belges réfractaires au travail obligatoire et pour des prisonniers de guerre évadés, notamment. »

L’usine d’Athus tourne au ralenti durant 3 ans, puis les nazis vont tenter de produire du «presstahl» pour leurs canons. La résistance va s’organiser.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de jeunes ont été réquisitionnés par les Allemands pour aller travailler en Allemagne. La Werbestelle (service allemand de travail obligatoire) convoquait à Arlon des ouvriers de l’usine. C’est vrai que les quelque 1 650 ouvriers, heureux d’échapper au STO (service du travail obligatoire) en Allemagne sont trop nombreux pour le travail qu’il reste à faire à Athus.

Depuis 1940, en effet, l’usine tourne au ralenti parce qu’il est très difficile de se fournir en minerai de fer et en coke.

«Mon père avait été fait prisonnier au début de la guerre et il ne l’est resté qu’une quinzaine de jours – il a été libéré parce qu’il était d’expression allemande –. Il ne voulait plus aller à l’usine parce qu’il craignait d’être réquisitionné; il a trouvé un job dans un moulin. Tout cela pour dire qu’à force de réquisition, l’usine allait commencer à manquer de bras», explique Anne-Marie Biren.

Presstahl contre prisonniers de guerre

En 1943, les nazis ont besoin d’acier HPN et de presstahl, un produit de haute qualité pour fabriquer les canons. Le directeur accepte d’en fabriquer mais rétorque que vu qu’on lui a pris de nombreux ouvriers, il n’est pas en mesure de répondre à la demande. Il réclame notamment 13 manœuvres de force, 4 machinistes, 12 spécialistes d’ateliers, 4 ajusteurs, 6 chaudronniers, etc. soit au total 55 ouvriers. Il faut en outre remettre en marche un troisième haut-fourneau pour augmenter la production de 300 à 650 tonnes. Donc, en plus des 55 hommes, il en réclame encore le double et uniquement des spécialistes.

L’argument est imparable et, très adroitement, le directeur général de l’usine, Jean Wurth propose de faire revenir au pays des prisonniers réquisitionnés en Allemagne. La délégation allemande de la Werbestelle accepte et demande même au patron de lui fournir une liste de 120 noms.

Ce que fait le directeur général de l’usine qui obtient aussi de pouvoir y inclure des noms de contremaîtres. «Ils vont revenir ici pour travailler pour les Allemands qui vont faire acheminer 2 000 tonnes de coke à brûler en un mois dans les hauts-fourneaux. Toutefois, le fameux presstahl ne sera jamais mis au point tellement il y a eu des sabotages dans l’usine. Ils ne sont jamais arrivés à un résultat suffisant. À telle enseigne que les Allemands ont perdu un peu patience et ont menacé de fermer Athus et de transférer tout, hommes compris, dans des usines à hauts-fourneaux en Allemagne», dit encore Mme Biren.

L’usine ne sera jamais bombardée par les alliés et les ouvriers qui venaient du nord de la province touchaient une prime d’éloignement en Reichmarks.

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Il y a 40 ans, l’usine d’Athus fermait définitivement ses portes.

La rédaction de l’Avenir Luxembourg est partie à la rencontre de ceux qui ont vécu ce drame social.

Ils parlent du combat, de l’ambiance à l’usine et des jours sombres.

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