Neuf mois après avoir été visé par des tirs au large de la Libye, le navire de SOS Méditerranée navigue toujours dans un climat de forte tension. À bord de l’Océan Viking, les équipes humanitaires décrivent une multiplication des intimidations et des violences attribuées à des groupes liés aux gardes-côtes libyens.
Le souvenir de l’attaque plane encore au-dessus de l’Océan Viking. Le 24 août 2025, alors que le navire venait de secourir 87 personnes au large de la Libye, une vedette liée aux gardes-côtes libyens s’était approchée avant d’ouvrir le feu. L’Océan Viking a été touché à plusieurs reprises. Heureusement, personne n’a été blessé, mais après l’incident, le bateau est resté immobilisé plusieurs mois pour réparations.
À bord, alors que le navire faisait route vers les eaux à proximité de la Libye, l’annonce de nouveaux tirs libyens, le 11 mai, à proximité du Sea-Watch 5, une ONG battant pavillon allemand, réveille de mauvais souvenirs. Mais à la question de savoir s’il faut faire demi-tour, personne dans l’équipage ne répond par l’affirmative. Selon l’ONG allemande, des hommes armés à bord d’une vedette libyenne ont tiré à balles réelles en direction du navire humanitaire après le sauvetage de plusieurs dizaines de personnes, intimant à l’équipage l’ordre de les suivre jusqu’à Tripoli pour y débarquer les rescapés. Une demande bien entendu refusée par l’ONG, malgré les menaces. Derrière, un nouveau silence assourdissant des instances européennes.
Selon l’ONG allemande, des hommes armés à bord d’une vedette libyenne ont tiré à balles réelles en direction du navire humanitaire
Voir cette publication sur Instagram
Dans les ONG présentes en Méditerranée, ces épisodes ne sont désormais plus considérés comme de simples incidents isolés. Depuis plusieurs années, les équipages dénoncent une multiplication des manœuvres agressives. Tirs, intimidations radio, approches dangereuses ou tentatives d’interception pendant des opérations de secours.
À bord de l’Océan Viking, certains équipements de protection ont fait leur apparition, et le sujet revient désormais dans presque toutes les réunions consacrées à la sécurité. Mar, coordinatrice de mission pour SOS Méditerranée, reconnaît que les équipes naviguent dans un climat de plus en plus tendu. « Il y a davantage de risques et davantage de probabilités d’avoir des rencontres violentes », explique-t-elle sans détour.
« La situation la plus dangereuse, c’est lorsque des vedettes libyennes arrivent au milieu d’un transfert de survivant »
Mar, coordinatrice de mission pour SOS Méditerranée










