Très vite, Karam prend un rôle central. Il répartit les places, tente de calmer les passagers et transmet leur position à des contacts d’Amnesty International. Dans sa tête, il n’y a aucune place pour la panique. « J’étais dans l’action. Si le bateau chavire, qui s’occupe des enfants ? Qui nage ? Qui aide les autres ? Je réfléchissais seulement à ça. Un peu comme un robot. Je n’ai pas eu le temps de cogiter. »
Pendant près de deux heures, l’embarcation progresse vers Lesbos. Autour d’elle, d’autres canots connaissent moins de chance. L’un se retourne. Un autre tombe en panne.
Pour détendre l’atmosphère, Karam commence même à chanter une chanson populaire du Levant. Peu à peu, les voix se joignent à la sienne. « Les gens avaient besoin d’oublier la peur pendant quelques minutes. »
À l’arrivée en Grèce, des bénévoles et des ONG prennent immédiatement les passagers en charge. Mais le voyage est loin d’être terminé. Commence alors la route des Balkans, les files interminables, les nuits dans les gares et parfois l’humiliation. Neuf jours après avoir quitté la Turquie, il arrive finalement à Bruxelles. « J’ai eu de la chance. Beaucoup plus de chance que beaucoup d’autres. »