Immigration : Georges-Louis Bouchez normalise le discours de la droite radicale
En accusant Pedro Sánchez de mettre l’Europe en danger et en réclamant une suspension partielle de l’Espagne de l’espace Schengen, Georges-Louis Bouchez s’inscrit dans une stratégie politique déjà largement employée par la droite radicale européenne, estime François Gemenne. C’est en effet une position qui rejoint les critiques formulées contre Madrid par plusieurs gouvernements européens, notamment celui de Giorgia Meloni en Italie.
« Georges-Louis Bouchez est un politique, donc il doit essayer de gagner des voix. Moi, je suis chercheur, donc j’essaie de décrire les faits. »
« Georges-Louis Bouchez est un politique, donc il doit essayer de gagner des voix. Moi, je suis chercheur, donc j’essaie de décrire les faits. » Pour François Gemenne, la réaction du président du MR au drame de Ceuta illustre la manière dont les responsables politiques exploitent la question migratoire pour polariser l’opinion et « grappiller des voix ».
François Gemenne y voit également un renversement des responsabilités. « C’est l’Espagne qui était mise en danger par ce mouvement de foule. Ce n’est pas du tout l’Espagne qui mettait l’Europe en danger. L’Espagne est la victime ici. » Présenter Madrid comme responsable de la crise constitue, selon lui, « un retournement assez spectaculaire de la réalité », alors que l’origine précise de la rumeur et le rôle des autorités marocaines restent à éclaircir.
Le chercheur juge également particulièrement malvenue la proposition de sanctionner l’Espagne. Au moment où les autres États européens auraient dû afficher leur solidarité, certains ont choisi de l’accabler. « Ils ont poignardé l’Espagne dans le dos », dénonce-t-il. Une attitude d’autant plus paradoxale que Madrid est parvenue à ramener au Maroc la très grande majorité des personnes entrées dans l’enclave.
« Les politiques ont très bien compris que l’asile et l’immigration étaient des sujets très sensibles, sur lesquels l’opinion publique allait facilement se polariser. »
Pour le chercheur, la récupération politique est avant tout électorale. « Les politiques ont très bien compris que l’asile et l’immigration étaient des sujets très sensibles, sur lesquels l’opinion publique allait facilement se polariser. Ils les utilisent pour essayer de marquer des points électoraux. »
Cette surenchère ne fragilise pas seulement l’Espagne, avertit-il. Elle accentue les divisions européennes et sert les intérêts de ceux qui cherchent à déstabiliser l’Union.