A Sclessin, outre le Standard et la police, il est une autre institution qui est bien connue des supporters. Son nom ? Le « Fan Coaching ». Fondée en bord de Meuse en 1990 afin d’apporter une réponse « préventive » et non « répressive » à la montée du hooliganisme en Belgique, l’ASBL est le fruit d’un partenariat entre la Ville de Liège, le Standard et l’Université de Liège.

Coordinateur au sein du service « Fan Coaching » du Plan de Prévention de la Ville de Liège, Salomon Aktan se souvient des débuts de cette petite cellule. « Le premier projet du genre à été mené à Anvers avant d’être reproduit dans d’autres grandes villes du pays, se souvient le coordinateur liégeois. On venait à peine de panser les plaies du Heysel (où 39 supporters sont morts dans une bousculade provoquée par le noyau dur de Liverpool, NDLR) et certains chercheurs estimaient qu’il fallait sortir du seul système répressif mis en place par les autorités. Ce qui a débouché sur la création de petites équipes, dont la nôtre, qui prônent la prévention auprès des supporters. » Comment ? En jouant le rôle de médiateur entre les différents acteurs de terrain, en informant et en promouvant le fair-play notamment.

« En plus de 25 ans, on a ainsi mené de nombreux projets avec des supporters parfois très agressifs, poursuit Salomon Aktan. Tantôt on participait à des tournois de football avec eux, tantôt on les aidait à trouver un boulot ou un appartement. Notre objectif a toujours été de les aider afin qu’ils trouvent d’autres échappatoires à la violence. » Quitte à ce que l’action du « Fan Coaching » – qui ne travaille plus uniquement qu’avec le Standard – soit parfois mal perçue de l’extérieur. « Bien sûr que certaines de nos actions n’ont pas toujours atteint leur objectif mais personne ne peut prévoir la réaction des supporters à telle ou telle activité. Et puis, il y a d’autres projets qui ont bien marché et qui nous font dire qu’on est toujours utile. » Exemple avec la « Fan Home », une maison des supporters rouches située à deux pas du stade Maurice-Dufrasne érigée et aménagée par des supporters dans le cadre d’une formation du Forem, le projet « Homeless » (qui réinsère des personnes fragilisées, comme des sans-abri ou des toxicomanes, grâce au foot, NDLR) ou encore « Supporter, pas dupe ! », un spectacle écrit et interprété par des amoureux du Standard épaulés par Pierre « Pavé » Etienne, l’ancien membre de « Starflam », et Fabrice Adde, un comédien d’origine française.

En tant que « Fan Coaches », nous sommes plus dans un projet d’éducation permanente que dans un projet de prévention.

Programmé « de façon inattendue » au Festival des arts de la scène de Liège en février dernier après avoir été présenté une première fois en octobre 2016, « Supporter, pas dupe ! » fait justement partie de ces projets sociaux et culturels que défendent ardemment les membres du « Fan Coaching » liégeois. « En fait, avec le temps, nous avons dû nous adapter à notre public cible », remarque Frédérique Paulus, assistant social de formation et coordinateur de l’événement.

« Ce qu’on souhaite avant tout avec ce type d’événement, c’est permettre aux supporters de s’expliquer sur leur propre pratique, poursuit Salomon Aktan dont la cellule « Fan Coaching » est une des deux dernières à subsister en Belgique, avec celle de Charleroi. Là où ce sont souvent les journalistes et les sociologues qui s’expriment sur leurs comportements ou leurs débordements, on donne la parole aux fans eux-mêmes. » Ce qui débouche sur quelques bons mots, pas mal d’anecdotes personnelles mais aussi sur des réflexions très profondes sur la violence et ses origines.

Mener des projets dans lesquels on laisse la parole aux supporters leur permet de dévoiler une autre facette de leur personnalité. On déplace les projecteurs pour cacher le doigt d’honneur qu’ils ont fait pendant un match vers leur propre vision du football moderne par exemple. Ils prouvent ainsi qu’ils ne sont pas que des veaux dénués de réflexion, comme certains le pensent !

« Les gars qui ont formé le « Hell Side » dans les années 80, je le redis parce qu’il faut bien le comprendre, ils venaient des quartiers populaires où il y avait, à l’époque, une certaine violence, raconte un supporter bien connu dans les travées de Sclessin dans le magazine « C4 » qui compile les textes de « Supporter, pas dupe ! » Moi, par exemple, j’habitais Droixhe et je ne trouvais pas l’endroit particulièrement violent. Quand tu vis à l’intérieur du problème, tu ne le vois pas , t’en fais partie. A l’époque, pour un oui ou pour non, pour un ballon mal placé dans un match de foot entre potes dans un pré, toi et ton voisin qui vous connaissiez pourtant depuis des années, vous vous mettiez sur la gueule. C’était comme ça. »

En poussant les fans du Standard – dont les neuf participants de « Supporter, pas dupe ! » – à s’exprimer et à réfléchir sur leur condition dans les tribunes, le « Fan Coaching » liégeois espère conscientiser les esprits. Tous les esprits. « Actuellement, par souci de sécurité, les autorités sont peut-être trop dans la répression, estime Frédérique Paulus. Bien sûr que c’est important de placer des spotters, des policiers et des stewards à droite et à gauche pour que les hooligans ne se rencontrent pas avant, pendant et après les matches. Mais est-ce que ça veut dire pour autant qu’il faut tout interdire aux supporters ? Est-ce que ça veut dire que le football doit devenir un spectacle où on reste assis sur sa chaise avec des pop-corn en main ? Et entre le gars qui fait un doigt d’honneur dans sa tribune et le free-fighter qui va rouer de coups un autre mec dans les bois, qui est le plus dangereux ? Parfois, je me demande si le curseur ne doit pas être déplacé… Et si on ne devrait pas plutôt privilégier la prévention, comme nous, à la répression. Parce qu’au final, la plupart des supporters, même les plus violents, sont très lucides sur leur pratique : ils savent très bien ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Il faut juste les aider à s’en rappeler de temps en temps. »

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