Diables ou pas, le rap belge cartonne2018-05-28T11:12:38+00:00

La sélection nationale du rap belge

Le rap ne représentera finalement pas les couleurs de la Belgique à la Coupe du monde. Une occasion manquée pour une musique longtemps rejetée par une partie des institutions, malgré son immense popularité. Portée depuis 2015 par une génération ultra-talentueuse, le rap belge connaît aujourd’hui un nouvel âge d’or. On n’associe plus désormais cette musique à Benny B mais bien à Roméo Elvis, Hamza ou encore à Damso qui ne produira finalement pas l’hymne pour des Diables rouges.

Bien que l’histoire d’amour entre Damso et l’Union belge a tourné court, la rédaction a voulu aller au-delà de la polémique et donner un coup de projecteur sur le milieu du rap belge.

C’est pourquoi nous avons dressé le portrait de la génération actuelle de rappeurs belges, sous la forme d’une sélection nationale.

Pourquoi une sélection nationale ? Parce que cela permet de ne pas associer ses membres à une seule ville en particulier. En l’occurrence, Bruxelles, régulièrement désignée, à tort, comme l’uniqueville de rappeurs” du plat pays – bien que Liège, Charleroi, Anvers ou encore Saint Nicolas en aient aussi formés. Et pourquoi une équipe de foot ? Car “le rap reste avant tout une compétition artistique”, comme nous le disait l’animateur de Skyrock Fred Musa. Une compétition internationale, où figurent aussi les scènes suisse et québécoise par exemple. Et pour mieux s’imposer, les rappeurs belges ont décidé de jouer la carte du collectif : collaborations sur des singles, concerts en communs, la sortie récente de “Tueurs” – un album réunissant 13 rappeurs belges, inédit à bien des niveaux. On peut même trouver des hymnes à cette équipe, comme le Bruxelles arrive de Roméo Elvis et Caballero.

L’idée n’est pas d’uniformiser la scène rap belge – bien trop diversifiée – mais de tenter d’en donner une vision d’ensemble, tout en essayant de comprendre comment autant de ses artistes ont réussi à s’imposer, notamment à l’international. Allez trop de bla-bla, il est temps d’entrer sur le terrain.


Shay
gardien

SWING
(L’Or du Commun)
défenseur

Loxley
(L’Or du Commun)
défenseur

Primero
(L’Or du Commun)
défenseur

Woodie Smalls
défenseur

Caballero
milieu de terrain

JeanJass
milieu de terrain

Romeo Elvis
milieu de terrain

Hamza
milieu de terrain

Krisy
attaquant en soutien

Damso
attaquant

De la formation dans les années 1980…

Bruxelles s’est donc définitivement imposé comme une place forte du “rap jeu francophone” seulement au milieu des années 2010 pour le grand public. Pourtant, “BX” était une terre pionnière en terme de hip-hop dans les eighties. Dès 1990 sort par exemple la compilation Brussels Rap Convention, le tout premier disque de rap belge, voire même francophone. Du rap “positif”, comme ils disaient en interview. “Stop the violence, stop la drogue, stop à l’intolérance et stop au racisme” : c’était leur message, ce qui donnait ça en musique. Mais c’est un autre artiste qui va populariser le rap belge.


“Il faut rendre à César ce qui est à César”, rappelle Akro, de Starflam. “Benny B est le premier a avoir fait un hit rap et ce dès la fin des années 1980’s. Les autres sont venus seulement après lui”. Si l’artiste de Molenbeek est aujourd’hui souvent tourné en ridicule à cause de sa chanson “Mais vous êtes fous”, les spécialistes connaissent pourtant l’importance de son tube dans l’histoire du rap francophone. A l’époque, c’était l’un “des seuls rappeurs à passer à la télévision et à la radio” se souvient Fred Musa, de Skyrock. Avec des centaines de milliers de singles vendus, Benny B fait “rentrer le rap dans les chaumières” pour reprendre l’expression d’Akro. “Alors après est-ce que c’est “à cause de lui” que le rap belge s’est traîné une image rigolote ?” s’interroge le membre de Starflam. Car le problème, c’est que le grand public, notamment français, ne retiendra de la chanson que le refrain chanté sur un ton décalé. Pourtant, les paroles du premier couplet sont loin d’être drôles :

Comme toi je veux la justice, j’essaye de défendre mes droits / Partout où tu vois la foule, c’est qu’on parle de moi / Je descends des quartiers soit disant mal fréquentés / Où la P.J y passe les trois-quarts de la journée / Mais j’en ai marre de tout ça / J’en ai marre de cette vie là / Et pour sortir de cette impasse, je ferais n’importe quoi!”

“Faut que je sois une machine à blague pour qu’ils me signent”

Pour Brice Miclet, journaliste musical indépendant français, cela va bien au delà de la chanson de Benny B. “Ca, c’est la condescendance française. On observe la même chose dans le cinéma, où on associe la Belgique à l’humour de Poelvoorde et de Damiens”. Un mépris qui s’est également illustré une quinzaine d’années plus tard, lorsque James Deano a percé en France, d’abord avec son tube “Les Blancs ne savent pas danser”, puis avec son single suivant, “Le fils du commissaire”. Pour Fred Musa, animateur de Planète Rap, pas de doute : “Même s’il y a de la dérision, Le fils du commissaire, c’est sa vie, c’est pas une parodie ! Mais pour se faire accepter en France, les médias devaient marketer sur l’aspect comique de James Deano.” Dans BX Vibes, Scylla raconte ce mépris français :

Je ne suis qu’un belge, je devrais faire marrer leurs fils / Limite ils me verraient bien en feat avec Manneken Pis / C’est le modèle pour leur faire brasser le fric / Ma pochette devrait être moi, une bière et un paquet de frites / En bref, il faut que je sois une machine à blague pour qu’ils me signent”

“C’est super méprisant de parler de “rap loufoque””, s’agace le journaliste Martin Vachiery, rédacteur en chef de Check –  le tout nouveau média “urbain” 100% web lancé par RTL. “C’est ne pas comprendre que le rap a toujours eu une part d‘humour. Il faut différencier l’humour dans le rap et le rap comique.” Une étiquette humoristique qui, malgré le succès de groupes comme Starflam, disque de platine en Belgique au début des années 2000, collera longtemps à la peau de la scène rap du plat pays, empêchant peut-être certains artistes talentueux de s’exporter aussi bien que la génération actuelle.

Pourquoi passer par la France ?

Certains d’entre vous se demanderont donc pourquoi tenter sa chance dans l’Hexagone. Et bien parce que pour percer dans le rap quand on vient du Plat pays, un passage par la France est presque obligatoire. Benny B ne fut par exemple reconnu en Belgique qu’après avoir fait le “buzz” en France, notamment sur le plateau de Jacques Martin. Le phénomène se reproduit encore de nos jours, puisque le succès d’estime actuel des rappeurs belges est avant tout dû à leur réputation dans l’Hexagone. “Les médias français ont eu un rôle assez énorme vis-à-vis du succès du rap belge puisqu’ils ont mis en avant très tôt des rappeurs alors peu connus comme Damso, Hamza ou Roméo Elvis” explique Brice Miclet, journaliste musical indépendant français. Certes, le fait que la Belgique soit un petit marché comparé à la France explique en partie ce “passage obligatoire” de l’autre côté de la frontière, mais pas seulement.

Il y a aussi un problème de légitimité du rap en Belgique. Cet art est encore mal vu par une partie des institutions médiatiques et politiques du pays. Les polémiques autour de l’hymne de Damso pour les Diables Rouges ou les amalgames autour des émeutes de novembre 2017 à Bruxelles illustrent parfaitement ce problème de légitimité. Pour les spécialistes du rap que nous avons interrogés, c’est avant tout une question de génération – et donc de temps – avant que cela ne cesse.

La presse belge a aussi sa part de responsabilité, les grands médias traditionnels n’ayant pas couvert suffisamment tôt cette scène qui émergeait à Bruxelles, mais aussi en Wallonie et en Flandre. Martin Vachiery, qui gère aujourd’hui Check, le média “urbain” de RTL, expliquait en mai 2017 dans un blog étudiant avoir dû attendre que “que Libération sorte des articles sur le rap belge pour que la rédaction (de RTL) (l)’autorise à faire ce sujet au journal”. Un problème de médiatisation donc, qui s’explique donc peut-être en partie par un rejet de ces sujets par les rédactions en chef. En même temps, celles-ci tentent également de proposer des contenus correspondant à leur public. Or les grands médias traditionnels, comme la presse écrite ou la télévision, ont un public plus âgé que la moyenne. C’est donc un cercle vicieux qui nous renvoie à la problématique exposée par les spécialistes : un conflit de génération.

Pourquoi passer par la France ?

Certains d’entre vous se demanderont donc pourquoi tenter sa chance dans l’Hexagone. Et bien parce que pour percer dans le rap quand on vient du Plat pays, un passage par la France est presque obligatoire. Benny B ne fut par exemple reconnu en Belgique qu’après avoir fait le “buzz” en France, notamment sur le plateau de Jacques Martin. Le phénomène se reproduit encore de nos jours, puisque le succès d’estime actuel des rappeurs belges est avant tout dû à leur réputation dans l’Hexagone. “Les médias français ont eu un rôle assez énorme vis-à-vis du succès du rap belge puisqu’ils ont mis en avant très tôt des rappeurs alors peu connus comme Damso, Hamza ou Roméo Elvis” explique Brice Miclet, journaliste musical indépendant français. Certes, le fait que la Belgique soit un petit marché comparé à la France explique en partie ce “passage obligatoire” de l’autre côté de la frontière, mais pas seulement.

Il y a aussi un problème de légitimité du rap en Belgique. Cet art est encore mal vu par une partie des institutions médiatiques et politiques du pays. Les polémiques autour de l’hymne de Damso pour les Diables Rouges ou les amalgames autour des émeutes de novembre 2017 à Bruxelles illustrent parfaitement ce problème de légitimité. Pour les spécialistes du rap que nous avons interrogés, c’est avant tout une question de génération – et donc de temps – avant que cela ne cesse.

La presse belge a aussi sa part de responsabilité, les grands médias traditionnels n’ayant pas couvert suffisamment tôt cette scène qui émergeait à Bruxelles, mais aussi en Wallonie et en Flandre. Martin Vachiery, qui gère aujourd’hui Check, le média “urbain” de RTL, expliquait en mai 2017 dans un blog étudiant avoir dû attendre que “que Libération sorte des articles sur le rap belge pour que la rédaction (de RTL) (l)’autorise à faire ce sujet au journal”. Un problème de médiatisation donc, qui s’explique donc peut-être en partie par un rejet de ces sujets par les rédactions en chef. En même temps, celles-ci tentent également de proposer des contenus correspondant à leur public. Or les grands médias traditionnels, comme la presse écrite ou la télévision, ont un public plus âgé que la moyenne. C’est donc un cercle vicieux qui nous renvoie à la problématique exposée par les spécialistes : un conflit de génération.

…à la génération actuelle

Bien que talentueuse et productive, la scène rap belge précédente demeurait trop underground, réservée seulement aux initiés. “Même s’il y avait beaucoup d’albums et de mixtapes, ça ne se vendait pas dans les Fnac”, rappelle Martin Vachiery. Pour Jean-Yves Reumont, porte-parole du festival Les Ardentes – un festival à la programmation éclectique à ses débuts en 2006, mais qui s’est spécialisé dans le rap depuis 2015 – c’était aussi une question de médiatisation. “Il y a 15 ans, c’était le rock qui était médiatisé. Et aujourd’hui, je suis sûr qu’il y a des rockeurs belges très talentueux… Sauf que maintenant, c’est la scène rap qui est mise en avant.” Le rap belge fut également victime de la scène club pour plusieurs spécialistes. Le communicant du plus grand festival “urbain” belge dresse d’ailleurs un parallèle entre ces deux musiques : “La musique électronique était vraiment diabolisée avant. Aujourd’hui c’est devenu mainstream : on en écoute même dans les supermarchés ! Pour cela il a fallu une médiatisation, des festivals spécialisés… Et c’est ce qui est en train de se passer avec le rap.”

Une question de temps donc… mais peut-être aussi de symboles. En mai 2017, dans Libération, Romeo Elvis déclarait : « Stromae a changé pas mal de choses. En Belgique, on a peu de repères forts qui nous représentent partout (…). Sans compter les Diables rouges, notre équipe de foot. Ça contribue à donner de la confiance aux gens. Il n’y a pas plus de rappeurs qu’avant, mais on s’affirme plus.» Un constat partagé par Akro, de Starflam : “Stromae a mis tout le monde d’accord en vendant des millions de disques. Sans lui , c’est probable que la scène rap belge n’aurait pas été aussi connue. Avec les Diables rouges, ça fait un ensemble. On a atteint les ¼ de finale de la coupe du monde, ça donne une certaine image.”

La professionnalisation du rap belge

Un alignement des planètes parfait donc cette nouvelle génération ? Pas vraiment : les rappeurs belges actuels un ont un petit truc en plus par rapport à leurs prédécesseurs. Pour l’un d’eux, Akro, “la génération actuelle a un côté business que nous on n’avait pas. Elle sait comment faire de l’argent et voit le rap comme un travail. Contrairement à nous, qui faisions du rap plus par plaisir que pour être rémunéré.” Martin Vachiery est d’accord lui aussi : “Ce sont des gamins de leur époque : ils connaissent la réalité du marketing et le rôle important des réseaux sociaux.” Une qualité qui ne suffit pas. “Après, t’as beau être le meilleur community manager du monde, à un moment il faut du talent car c’est ça qui prime.”

Chacun gère son image à sa manière : Damso et son énigmatique Instagram qui alimente les théories du complot chez ses fans et dans les médias, Caballero et JeanJass et leur “émission de cuisine” High & fines herbes, K1D et ses dégustations de céréales, Loxley et ses interviews d’autres rappeurs… Si chaque rappeur belge n’est pas aussi présent qu’eux, tous ou presque alimentent quotidiennement leurs réseaux sociaux, partageant tout et n’importe quoi, mélangeant habilement leur carrière et leur vie privée. Pour Akro, c’est une évidence de savoir maîtriser les réseaux sociaux. “Aujourd’hui, ce n’est plus la maison de disque qui fait l’artiste, c’est l’artiste qui se fait tout seul sur la toile.”

Une équipe qui joue collectif

Même si une maison de disque ça peut quand même aider. En Belgique, la plus influente est Back In The Dayz, qui manage entre autres Roméo Elvis, Caballero, JeanJass, Senamo et le reste de La Smala… Une même agence, ça peut faciliter les featurings à l’antenne et sur scène. L’entreprise participe également au projet médiatique Check, le média “urbain” de RTL : une manière d’élargir encore un peu plus son influence sur le “rap jeu” local. Désormais associée au géant Universal à travers le label “En Douceur”, l’agence peut désormais viser plus grand. Et c’est ce qu’elle a fait en sortant fin 2017 un projet inédit : l’album “Tueurs”. Treize artistes made in Belgium réalisant ensemble une bande originale de film. “Il y a déjà eu des collaborations par le passé en Belgique mais c’était plus underground” se souvient Akro. “Pour moi, c’est la première fois que ce genre de collaboration est autant mis en avant, par une aussi grande agence.” Alors, opération de communication rondement ficelée ou véritable amitié ? Pour Martin Vachiery, le doute n’est pas permis : “Les mecs s’entendent vraiment bien. Pourquoi ils se tireraient dans les pattes ? Jusqu’à présent, il y a une envie d’avancer ensemble qui fait qu’on a été préservé par les clashs.”

Une collaboration exceptionnelle, impossible à voir en France où la scène rap est minée par les clashs depuis des années. “C’est un problème du rap français, les artistes hip hop ont du mal à se rassembler”, concède le journaliste Brice Miclet. “C’est pour ça aussi qu’on n’a pas de festival pour cette musique dans notre pays”. Une prouesse réalisée par le festival Les Ardentes, qui après plusieurs années de programmations éclectiques, s’est spécialisée dans le rap en 2015. Une décision commerciale – “il est plus pertinent économiquement de se spécialiser sur un style de musique” – et artistique, selon le porte-parole du festival : “Depuis le début, on a toujours programmé des rappeurs, donc c’est un cheminement logique. Mais le public a évolué, ça n’est plus une niche. Chez les 15/25 ans, le hip hop, c’est de la pop.” Particulièrement mise à l’honneur lors de la dernière édition (Damso, Roméo Elvis, Coely, Scylla, Caballero & JeanJass…), la nouvelle génération de rappeurs belges a été une nouvelle fois adoubée par les festivaliers qui ont transformé la scène en “karaoké géant”, d’après Jean-Yves Reumont, qui évoque même “un raz de marrée”. Reste maintenant à savoir si la vague du rap belge saura s’inscrire dans la durée. Pour Martin Vachiery, la réponse est oui. “Chez les spécialistes, on ne parle désormais plus de rap français, mais des artistes francophones. On ne prononce même plus le mot belge !”

Une sélection qui impressionne à l’étranger

Il est de notoriété commune que la scène rap actuelle belge s’exporte particulièrement bien en France, voire ailleurs en Europe. Mais qu’en est-il dans les faits ? Pour le savoir, nous nous sommes rendus sur le profil Spotify de chacun des 23 rappeur/ses retenus dans notre sélection nationale. Dans chaque profil d’artiste, la plateforme d’écoute de musique en ligne dresse la liste des cinq villes où celui-ci est le plus écoutés. Et voilà ce qui ressort des “Top Ville” de nos rappeurs…

Belgique francophone : Bruxelles, Liège

Bruxelles est évidemment l’un des endroits où on écoute le plus de rap en Belgique. Cela s’explique bien sûr par le fait qu’il s’agisse de la ville la plus peuplée du pays, mais pas seulement. BX a toujours été une terre de hip-hop, depuis les années 1980’s jusqu’à aujourd’hui. De nombreux rappeurs actuels en sont originaires : Damso, Roméo Elvis, Hamza, Shay… sans compter que ceux nés ailleurs y montent par la suite “pour les affaires”. Quant à Liège, est-ce utile de rappeler qu’il s’agit de la ville d’origine du mythique groupe Starflam ? Une tradition hip-hop qui se perpétue aujourd’hui grâce notamment Ledé Markson, rappeur liégeois et fier de l’être.

Paris-même et sa banlieue : Colombes, Argenteuil, Châtillon, Noisy Le Grand, Neuilly sur Seine

Paris reste le premier terrain de jeu pour les rappeurs belges. Le “Top Ville” Spotify de Damso l’illustre parfaitement. Sur ses 1,4 million d’auditeurs mensuels comptabilisés début février, près d’un sur trois était originaire de région parisienne. Chez Hamza et Roméo Elvis, les deux autres rappeurs belges les plus écoutés, on était alors plus proche d’un auditeur sur quatre.

Le reste de la France : Lyon, Strasbourg, Toulouse

Le public français ne se limite pas à la capitale. Lyon, Strasbourg et Toulouse apparaissent également régulièrement dans les “Top Ville” de nombreux artistes belges. Comme le disait le journaliste indépendant français Brice Miclet, “on vit un mouvement de décentralisation global du rap francophone. Aujourd’hui, il y a des scènes rap qui se développent dans pleins de villes françaises, comme Rennes avec Columbine ou Lorenzo…”

Suisse : Zurich

Même si la capitale n’est pas 100% francophone, les rappeurs employant la langue de Molière y sont très écoutés : début février, c’était la troisième ville revenant le plus dans les classements “Top Ville” Spotify des artistes retenus dans cet article. A noter que la Suisse possède sa propre scène rap francophone, avec des artistes. “Ce n’est qu’une question de temps avant que leur scène explose” prévoit Martin Vachiery, rédacteur en chef de Check –  le tout nouveau média “urbain” 100% web lancé par RTL.

Canada : Montréal, Toronto

Le Québec, autre grande région francophone, est elle aussi une grande amatrice de rap belge. Montréal est ainsi l’une des villes où on écoute le plus les artistes du plat pays, au même titre que Zurich. Comme en Suisse, il y a également de nombreux rappeurs québécois qui performent en français. Cependant, “la barrière de l’accent reste trop forte” déplore Martin Vachiery. Quant à Toronto, ville anglophone, ce sont principalement des artistes flamands chantant dans la langue de Shakespeare qui y marchent bien comme K1D.

Etats-Unis : New York, Los Angeles, Chicago

Comme à Toronto, ce sont les rappeurs anglophones originaires de Flandre qui y sont le plus écoutés : K1D donc, mais aussi Woodie Smalls. Le grand flamand est souvent comparé au californien Tyler The Creator – une inspiration majeure pour lui, mais aussi pour Roméo Elvis. C’est notamment le clip de “About the Dutch” qui avait poussé à la comparaison dans les médias spécialisés.

Angleterre : Londres

La capitale anglaise est, au même titre que les grandes villes nord-américaines, friande de musique dans sa langue. Une aubaine pour les rappeurs flamands. Cependant, le récent intérêt de la BBC pour le rappeur français MHD pourrait peut-être ouvrir le Royaume Uni au rap francophone ?

Danemark : Copenhague

On écoute même du rap belge au Danemark ! La capitale Copenhague apparaît ainsi dans le “Top Ville” Spotify de Woodie Smalls, dont le rap en anglais semble plaire partout, peu importe les frontières.

Allemagne : Hambourg, Berlin

La jeune Blu Samu est certes nettement moins écoutée que le reste de la sélection. Mais en un seul single, “I Run”, elle a réussi à être entendue jusqu’en Allemagne, à Berlin et Hambourg ! En attendant un éventuel album, l’artiste participe à des projets à droite et à gauche, notamment avec le groupe Le 77 ou avec le collectif noir-jaune-rouge “Niveau 4”.

Hollande : Amsterdam, Rotterdam

Si il y a bien un pays où les artistes flamands peuvent facilement s’exporter, c’est évidemment la Hollande. Pour Fred Musa, présentateur sur Skyrock, “la barrière de la langue est trop forte” pour qu’un artiste s’exprimant dans cette langue puisse percer sur le marché francophone.

Flandre : Anvers, Gent, Leuven

Anvers, d’où viennent par exemple Coely et Darrell Cole, est l’une des places fortes du rap belge. Deux artistes qui s’expriment en anglais donc. Mais il y a aussi de la place pour le flamand. La preuve : le groupe bruxellois Stikstof, qui s’exprime en flamand, réalise lui ses meilleurs scores hors-capitale à Gand, Anvers et Louvain.

Bruxelles noir-jaune-rouge

La capitale reste le premier lieu d’écoute du rap flamand. Zwangere Guy, l’un des membres du groupe Stikstof, évoqué précédemment, y est par exemple beaucoup écouté. Ce rappeur illustre d’ailleurs bien les excellents rapports entre rappeurs wallons, flamands et bruxellois. Il a collaboré à plusieurs reprises avec la bande de Roméo Elvis, a participé à la bande-son de “Tueurs” en compagnie de douze autres artistes belges, et faisait également partie de “Niveau 4” version 2017, le projet du festival bruxellois Couleur Café pour “rassembler la crème du hip hop du Nord, du Centre et Sud de notre pays”.

Une sélection aux statistiques impressionnantes

Comme l’expliquait Akro, de Starflam, “aujourd’hui, ce n’est plus la maison de disque qui fait l’artiste, c’est l’artiste qui se fait tout seul sur la toile”. Un constat qui semble se vérifier, lorsqu’on regarde les incroyables chiffres obtenus par les rappeurs belges (données collectées début avril 2018)   :

Damso, le ballon d’or

Comme on peut le constater assez rapidement à la lecture des chiffres ci-dessus, Damso joue hors-catégorie, avec ses 188 millions de vues sur Youtube. Un succès qu’il doit plus particulièrement à son dernier album, “Ipséité”, un projet qui a battu tous les records.

Seul artiste à placer 2 titres dans le top 10 des titres les plus écoutés en France en 2017 :

Shape of You – Ed Sheeran, Réseaux – Niska, Macarena – Damso, Despacito (feat. Daddy Yankee) – Luis Fonsi, Mask Off – Future, Call On Me – Ryan Riback Extended Remix, Unforgettable – French Montana, Ε. Signaler – Damso, Mamacita (feat. Wizkid) – Tinie Tampah, It Ain’t Me – Kygo (with Selena Gomez)

Deuxième artiste les plus écouté en France en 2017 :

Jul, Damso, PNL, Niska, Nekfeu, Ed Sheeran, Ninho, Lacrim, Booba, Orelsan

Albums les plus écoutés en France en 2017 :

Ipséité – Damso, Dans la légende – PNL, Commando – Niska, Cyborg – Nekfeu, Comme prévu – Ninho, Force & Honneur – Lacrim, ÷ (Divide) – Ed Sheeran, La Fête est finie – Orelsan, Okou Gnakouri – Kaaris, Feu – Nekfeu

0
albums vendus en Belgique – Disque d’or
0
albums vendus en Suisse – Disque d’or
0
albums vendus en France – Quadruple disque de platine