accueil2018-10-26T14:30:15+00:00

Penaud, le monarque remonte sans cesse sa couronne comme on redresse ses lunettes. Car les yeux masqués par le doré de pacotille, ce roi du gag s’est d’abord pris les pieds dans une cape trop longue. Puis, insecte empêtré dans une porte anti-mouche, il s’est emberlificoté dans la porte de sa salle du trône. Mais il ne se décourage pas. Et sous les yeux de ses trois pages catastrophés et d’un public hilare, il finit par se hisser en selle sur une table nappée qu’il rêve fringante monture. Roucoulade de trompettes. Applaudissements.

Sous leur chapiteau déplié dans l’immense cour du palais de la Venaria Reale, résidence de chasse des rois de Savoie à un jet de flèche de Turin, le quatuor Carré Curieux reçoit un accueil royal du public italien. La compagnie bruxelloise entame dans le Piémont une tournée de plusieurs mois à travers Italie et France. Comme 7 autres spectacles de cirque contemporain nés dans notre capitale, son show «Famille choisie» s’intègre dans l’opération «Bruxelles en Piste». Ou «Brousselle ènne pisté», prononcé à la turinoise. De Colorno en Émilie Romagne à Chambéry en passant par Turin donc, mais aussi Angers ou Nantes, les semi-remorques des troupes bruxelloises transbahuteront leurs poutres, gradins, spots et costumes pour plus de 100 dates jusqu’en janvier 2019.

«L’idée, c’est de faire une Fête de l’Iris annuelle à l’international. On veut rompre avec l’image de Washington européenne, de ville de fonctionnaires technocrates. Après l’art contemporain à Paris en 2016 et la danse à Berlin en 2017, et avant le jazz à Edimbourg en 2019, nous déclinons le cirque sur toute une année. Avec focusCIRCUS, on a vu plus grand que quelques semaines, vu le succès critique des précédentes éditions», se réjouit le Ministre Rachid Madrane (PS). «Le New York Times a même qualifié Bruxelles de nouveau Berlin. Wow! On n’en attendait pas tant!»

C’est sous sa casquette de Ministre en charge de la Promotion de Bruxelles à la Fédération Wallonie-Bruxelles que Madrane a initié ces exportations culturelles thématiques. L’opération a demandé deux ans de travail de «diplomatie artistique». Budget: 700.000€ pour toute l’année cirque. Et 400.000€ juste pour la tournée «Bruxelles en Piste». «Mais le cachet des artistes et les spectacles sont payés par les salles, sans aucune négociation», insiste Nicolas Van De Velde, du cabinet Madrane. L’enjeu est bien là: faire vivre les circassiens et leurs familles tout en vendant Bruxelles aux touristes. «1€ investi dans la culture, c’est un return économique de 1,7€», plaide Madrane. La compagnie Carré Curieux ne s’en plaindra pas, elle qui déménage 4 familles sur les routes d’Europe, école comprise, tractée dans une roulotte et animée par une instit sortie de sa retraite.

«Dans mon milieu, Bruxelles est une capitale du cirque. Quand tu termines un année d’étude de cirque au Chili, au Portugal ou en Thaïlande, le choix, c’est Toulouse ou Bruxelles. C’est là qu’il y a du travail ». Piergiorgio MILANO, chorégraphe et metteur en scène.

Bruxelles se veut donc capitale du cirque contemporain. Et entend le démontrer au monde. Dans ce cadre, l’Italie n’est pas choisie au hasard. «Le poids du cirque traditionnel reste énorme en Italie. Les grandes familles et le cinéma de Fellini ancrent les clichés de paille par terre, d’animaux et de clowns», constate Piergiorgio Milano, Turinois de chez nous qui, avec «Bruxelles en Piste», présente son «Pesadilla» pour la première fois dans son pays d’origine. «Bruxelles ne souffre pas de ces héritages». Piergiorgio en sait quelque chose: après une première formation à la Flic de Turin à 18 ans, l’homme parcourt l’Europe avant d’atterrir à Bruxelles au fil de ses rencontres. «C’est là que je me sens à la maison. L’ÉSAC, l’Espace Catastrophe, sans parler des centres de danse contemporaine, y apportent énormément au cirque. Ça forme un cercle. On y fait des rencontres. On découvre le système et on peut créer». Mais Bruxelles est-elle pour autant «capitale»? «Dans mon milieu oui. Quand tu termines un année d’étude de cirque au Chili, au Portugal ou en Thaïlande, le choix, c’est Toulouse ou Bruxelles. C’est là qu’il y a du travail. Les Halles de Schaerbeek par exemple mettent beaucoup de cirque à l’affiche».

C’est donc sans surprise qu’on retrouve Christophe Galant, Directeur des Halles de Schaerbeek, à la programmation de «Bruxelles en Piste». «Bruxelles en Piste est extraordinaire par ses 3 mois, ses 100 représentations, ses 40 partenaires et ses 8 compagnies. Mais surtout par la jeunesse de ses circassiens et la jeunesse de leurs spectacles. Soutenir 8 compagnies dont 6 n’avaient pas encore créé, c’était un pari que nous avons dû faire deux ans à l’avance».

Car pour créer un spectacle de cirque, il faut non seulement des espaces, souvent vastes et hauts de plafonds. Mais il faut aussi du temps. C’est là que Bruxelles compte un point d’avance sur d’autres villes de cirque: les circassiens y bénéficient du statut d’artiste. «C’est la première choses qui compte à Bruxelles», acquiesce Piergiorgio Milano. «En Italie, il n’y a même pas de chômage classique. Moi, c’est de ça dont j’ai besoin». En gros, le statut d’artiste bruxellois permet à celui qui se définit comme «créateur de cirque» de plancher 2 ou 3 ans sur un spectacle et de survivre. «Créer un spectacle, c’est comme accoucher un gamin: il faut le vouloir, l’attendre». Impossible pendant ce temps-là de faire vivre une troupe de 2, 5, 10 ou 25 personnes.

La Belgique et Bruxelles ont aussi inscrit le cirque contemporain dans les disciplines artistiques admises dans les contrats-programmes des opérateurs. Ça permet aux salles et festivals d’obtenir des subventions si elles mettent le cirque à l’affiche. «En Italie, le cirque contemporain n’a été reconnu comme discipline artistique qu’en 2017», constate Piergiorgio Milano. «Il a fallu beaucoup se battre avec les ministres pour obtenir un statut égal à la musique, à la danse ou au théâtre», embraye Valentina Tibaldi, coordinatrice de «Bruxelles en Piste» pour la Région Piemonte-Belvivo, dont l’organisation manage une soixantaines de théâtres et de salles. Piergiorgie Milano: «désormais, même si tu n’as pas de chapiteau, de sciure et d’animaux, tu peux enfin obtenir des subventions». Milano, qui a longtemps tenté de montrer son travail dans sa ville natale, va donc enfin y arriver, grâce à la tournée «Bruxelles en piste».

Bruxelles donne donc l’impulsion. «L’Italie ne fait pas confiance à ses artistes. Amener des étrangers, les faire jouer ici, ça permet de prouver que ça peut marcher», approuve Valentina Tibaldi. Le support aux acteurs circassiens du Piémont a donc augmenté. «Mais ils restent payés moins chers que dans les autres disciplines. Parce qu’ils sont jeunes et moins blasés». Par ailleurs, l’Italie doit aussi faire face à une lacune en équipements. «Les théâtres à l’italienne sont très beaux, mais ils ne conviennent pas au cirque. C’est difficile d’y accrocher des structures, ou de trouver de la hauteur. Alors on déniche des endroits alternatifs». Mais pourquoi ne pas planter un chapiteau en plein centre de Turin, sur l’immense piazza Vittorio Veneto par exemple? «Les attentats en Europe et, surtout, le mouvement de panique lors de la finale de la Ligue des Champions en 2017 sur la piazza San Carlo, avec ses centaines de blessés, ont rendu les autorités inflexibles». Alors les opérateurs rusent. Les spectateurs venus dans les cours et jardins de la majestueuse Venaria Reale, classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, n’ont pas été déçus.

«L’Italie ne fait pas confiance à ses artistes. Amener des étrangers, des Bruxellois, les faire jouer ici, ça permet de prouver que ça peut marcher»

Valentina Tibaldi, coordinatrice de «Bruxelles en Piste» pour la Région Piemonte-Belvivo

Sur la terrasse du palais, le Directeur des Halles de Schaerbeek pointe le regard sur les alliés bruxellois et piémontais. Les bénéfices bilatéraux de «Bruxelles en Piste» lui donnent des idées. «Cette réussite est permise par la chaîne de confiance mise en place. Et quand on voit ce qui se passe de la Suède à la Grèce et de la Hongrie à la France, créer cette confiance entre régions d’Europe est fondamental». D’où l’idée avancée par le Directeur des Halles: «capitalisons sur cette confiance pour créer des fonds d’échange de cocréation, et pas uniquement de diffusion». Madrane saisit la balle de jonglage avant qu’elle ne touche le sol. «L’avenir sera meilleur pour les circassiens. Je veux aussi que ces artistes créent des vocations à Bruxelles. Les jeunes doivent rêver de les imiter».

Pour réussir ce pari, peut-être faudra-t-il aussi exporter le cirque bruxellois en Wallonie, où les salles et les publics semblent rester très prudents. Voire frileux. Madrane rassure: «Je n’y suis pas fermé».

«Les programmateurs wallons doivent dépasser Namur»

Claudio Stellato est milanais. Mais c’est à Bruxelles, après un parcours dans toute l’Europe, qu’il a trouvé son équilibre artistique. «La Cosa», pièce de cirque contemporain aussi physique et drôle qu’intello et sociologique, casse des barreaux de chaise partout où il passe. Le créateur n’est pas réputé pour sa langue de bois…

Ils ne cassent pas des briques, mais des rondins. Dans leurs costards, ces bûcherons échappés d’un open-space bruxellois, la souris troquée pour une hache plus lourde à porter qu’un lundi matin de bureau, s’escriment sur leurs tas de bois comme d’autres sur les tableurs Excel. Suant, se grattant la tête, riant jaune, éberlués par leurs tâches de Sisyphes, ils empilent les stères, fendent des billes, soutiennent des buchettes et reprennent souffle sur des souches déracinées. Déracinés, ces comédiens le sont aussi puisque leur spectacle, «La Cosa» («La Chose»), est né lors d’une mise au vert dans les forêts d’Ardenne et a été monté à Bruxelles avant de s’exporter en Italie et en France.

Bourreau de travail touche-à-tout, le créateur, danseur et interprète Claudio Stellato nous explique combien il reste difficile pour sa compagnie d’imposer sa vision d’un cirque contemporain exigeant, «sans les petites blagues des lunettes sans verre des clowns». Le Milanais estime que «le contrat-programme des salles francophones belges convient bien à 80% des compagnies». Quid pour les 20% restant, où il intègre la sienne? Interview sans langue de bois…

Claudio Stellato, vous êtes italien mais basé à Bruxelles. Pourquoi?

Je reste à Bruxelles car il y a là-bas la magie de ce mélange : tu ne peux pas t’y sentir étranger. C’est comme à Berlin. Le chaos qui crée. Et je m’y amuse.

Pourquoi avoir choisi l’ÉSAC pour votre formation?

Je devais y aller car c’est le top de la technique. Là-bas, certains profs sont des monstres au niveau sportif. Dans le monde, elle doit faire partie du top 8. Voir du top 6. Mais l’ÉSAC va très peu au théâtre. Selon moi, ça devrait pourtant être obligatoire. Ses étudiants ne vont qu’au festival de cirque Hopla! Et voient-ils les spectacles du National ? À part au festival XS qui joue… du cirque? Ça leur permettrait pourtant de rayonner plus loin que le monde du cabaret. Ils doivent aussi s’ouvrir à la danse.

Bruxelles peut-elle néanmoins prétendre à se statut de «capitale du cirque» auto-décerné?

L’image du cirque change à Bruxelles. Au festival XS au National, la discipline fait plus de public que les autres. L’Espace Catastrophe et l’ÉSAC grandissent, les Halles de Schaerbeek font toute un saison de cirque. Donc oui, il y a la structure pour bien travailler.

Vous avez joué à Bruxelles, à Paris, puis en Suisse, au Portugal, au Danemark, en Allemagne… Vous tournez jusqu’à fin 2018 en Italie et en France. Mais «La Cosa» n’a été montrée qu’une seule fois en Wallonie…

Je n’ai pas tourné en Wallonie car mon spectacle serait «trop spécial». Les programmateurs wallons visent une programmation plus «facile» qu’ils achètent à ProPulse (le festival pluridisciplinaire bruxellois de la Fédé Wallonie-Bruxelles dédié aux professionnels de la scène où les salles font leur marché en début d’année, NDLR). Là-bas, on me dit souvent «Wow! C’est super, hein, mais c’est trop cher». J’ai joué à Chassepierre: le festival a négocié. En plus, les spectateurs sont 800 au début du show et 200 à la fin. Et il a fallu couper dans la mise-en-scène. Là-bas, ce qui compte, ce n’est pas la qualité du spectacle mais le nombre.

Et c’est combien, ce prix?

«La Cosa» coûte 3800€ la session + les frais. Nous sommes 4 en plateau, plus une personne pour l’administration. Nous transportons 5 tonnes de matériel qu’il faut charger et décharger. Et pour ça, c’est Bibi qui conduit le camion, sans se payer. Ce spectacle, c’est 3 ans de montage, 180 jours de travail. J’ai promis à mes gars qu’on ferait 150 dates: on les fera. Et avant ça, on a joué des petites dates en « work in progress », pour tester. Avant la première, j’exige de jouer minimum 30 fois. En payant tout ça à la journée, ça me coûterait 600.000€!

Que faudrait-il pour tourner davantage en Wallonie alors?

Si tu es directeur de salle et que tu aimes l’art, tu dois te promener. Dépasser Namur et les festivals d’amis. Comme pro, tu sais qu’il y a 3 ou 4 rendez-vous immanquables en Europe : Nantes, Sauteville à Rouens, Aurillac qui est l’Avignon de l’art de rue. Dans ces endroits, tu peux voir 15 voire 30 spectacles. Et il faut faire confiance au public. À mes yeux, même le spectateur le plus bourrin du monde, il va aimer mon spectacle.

L’ÉSAC, piste aux étoiles

 

À Anderlecht, une ancienne chaufferie industrielle a été transformée en école de cirque ultramoderne. Cet outil que l’Europe envie à Bruxelles a coûté 5 millions d’euros. L’ÉSAC, établissement d’enseignement supérieur officiel, y a pris ses quartiers au printemps. Ils sont une petite vingtaine à y entrer chaque automne. Son diplôme peut ouvrir les portes du Cirque du Soleil. 

L’escalier en béton laisse peu de place pour croiser le colosse aux épaules de nageur pro. Le jeune homme salue d’un sourire, épongeant la sueur après son cours matinal. Pour laisser passer l’athlète, on se colle contre les briques de l’ancienne chaufferie du campus du Ceria, laissées dans leur jus. Le bâtiment est une coquille post-industrielle comme les architectes l’affectionnent. Grâce à 5 millions d’euros de la CoCoF, les 3500m2 de l’école du cirque se déploient en bord de canal depuis le printemps 2018. L’ÉSAC a en effet migré du centre scolaire du Souverain, à Auderghem, où elle se sentait tout doucement à l’étroit depuis 1999 et sa naissance sous sa forme actuelle. De quoi maintenir l’École Supérieure des Arts du Cirque, subventionnée par la Communauté française en tant qu’établissement supérieur artistique, au top européen.

Baignée de soleil, l’ancienne chaufferie déroule depuis son grill boulonné à la maçonnerie de 15m de haut ses cordes, sangles, arceaux, trapèzes et anneaux. Tapis, plinths, mousses, barres parallèles jonchent le sol… Entre eux se bercent les corps. En leggings moulants et singlets amples, une vingtaine de jeunes s’échauffent pour la deuxième session de la journée. Sous nos yeux ébahis, ces étudiants du monde entier se dérouillent les muscles en enchaînant les prouesses physiques: ça descend la tête en bas, ça jongle à 5 balles et 4 mains, ça tombe de grand écart en grand écart, ça tient à l’horizontale dans le vide. Quand on peine à lacer ses chaussures jambes tendues, y a de quoi tirer la langue devant ces contorsions. Et ce n’est que l’échauffement.

Ils sont une cinquantaine à glisser de la salle de yoga à celles de muscu ou de musique, dont la porte vitrée ouvre sur la seule classe traditionnelle du lieu, où se donnent les cours théoriques: histoire de l’art, histoire du cirque, anatomie, droit et gestion de production, ingénierie circassienne… Venus de France, d’Amérique latine, de Scandinavie, d’Italie, d’Espagne, les Européens payent de 175 à 225€ de minerval, les autres allongent 990€ en plus. Avant de fonder leur compagnie ou d’enfiler des collants d’interprètes du Cirque du Soleil à Las Vegas, ils sueront trois ans à Anderlecht. Le temps de décrocher leur diplôme auprès de profs parmi les plus exigeants de la planète. Ceux-là, faussement familiers, roulent les «r» à la russe dans la chaufferie ou chuintent les «s» à l’espagnole sur le parquet d’assouplissement. Pour obtenir le droit de délasser leurs baskets chaque matin au rez-de-chaussée de l’ÉSAC, les étudiants ont passé l’écueil des sélections d’entrée, en juillet. Sur les 120 postulants annuels, qui peuvent débarquer d’Australie ou du Japon, une petite vingtaine est retenue. Les Belges sont en minorité. 14% seulement depuis 2017 pour 36% de Français ou 10% d’Italiens: le niveau demandé à l’entrée ne correspond pas aux balbutiements des humanités préparatoires noir-jaune-rouge.

En 2e et 3e, ils déploient leurs musculatures affutées pour les spectacles collectifs dans la pièce la plus impressionnante de l’école. Cette salle de spectacle «maison» aux gigantesque parois anthracite est creusée d’une fosse remplie de mousse. Elle réceptionne les chutes sans heurt à l’entrainement mais se couvre les soirs de show. Pour gagner le droit de s’y produire devant le public qui garnit chaque année les gradins télescopiques, ces circassiens en herbe et en chaussettes doivent d’abord compléter les exigences de leur cursus.

«Un porteur main à main ne bosse pas les mêmes muscles que le trapéziste : c’est pourquoi on propose une préparation physique sur mesure»

«Quand ils arrivent à l’ÉSAC, nos étudiants ont déjà une option. Ils l’ont travaillée en préparatoire», nous indique-t-on depuis la passerelle qui surplombe la salle d’entrainement donnant sur le canal. «Cette option, c’est l’agrès: le trapèze ballant, la jonglerie, la bascule, le mât, le cadre aérien, le fil dur, la roue Cyr… Le but, c’est de détourner le classicisme de l’agrès dans un projet artistique qui fera d’eux des virtuoses». Coachés par une base de 15 profs et une quarantaine de conférenciers prestigieux «dont le nom suffit parfois à attirer les étudiants», ces derniers peaufinent «des faisceaux de spécialités». Se greffe aussi une préparation physique «vraiment» sur mesure par rapport à la spécialité choisie: «un porteur main à main ne bosse pas les mêmes muscles que le trapéziste», relève-t-on à l’ÉSAC. Un kiné, prof à plein temps, suit aussi les éventuelles blessures, met les étudiants en arrêt ou renvoie chez le médecin si nécessaire.

Mais il ne suffit pas de répéter ses gammes. Un circassien qui sort de l’ÉSAC «ne doit pas se limiter aux prouesses techniques dingues, à la seule performance sportive», plaide un membre du staff. Aussi le cursus prévoit-il des modules de dramaturgie et technique scénique, histoire de peaufiner interprétation, danse et jeu d’acteur. Les shows montés par les anciens dépassent les compilations de numéros pour dessiner une trame scénaristique rapprochant le cirque du théâtre. On l’a vu avec le spectacle du quatuor Carré Curieux comme avec Claudio Stellato (lire ci-dessus), tous sortis de l’école bruxelloise. «Le propre du cirque contemporain, c’est de faire passer du propos en plus, du sens».

Vous pouvez vous en rendre compte chaque année lors d’Exit, le spectacle final des élèves de 3e monté aux Halles de Schaerbeek. Dans le parking vélo, vous croiserez des monocycles.

EXIT 17 from ESAC on Vimeo.