De 1951 à 1993, Baudouin Ier régna sur ce qui fut encore la “Belgique de papa”.

Une époque charnière dans laquelle notamment le Congo est devenu indépendant, la Belgique a organisé l’Exposition internationale de 1958, le pays a connu un terrible drame minier et le Parlement s’est prononcé en faveur de l’interruption volontaire de grossesse.

1951
Quand Baudouin apparaît comme l’homme providentiel

En 1950, la Belgique est au bord de la crise de nerf, plus que jamais divisée par le retour de son roi, Léopold III. À la suite à son attitude pendant la guerre (il se constitua prisonnier, il rencontra Hitler…), Léopold III s’est mis à dos une bonne partie du pays. Son retour en Belgique provoque des troubles. C’est dans ce contexte tendu et délicat que, le 16 juillet 1951, le roi signe son abdication au profit de son fils Baudouin. Ce dernier apparaît aux yeux de certains comme l’homme providentiel. Le 17 juillet 1951, le journal Vers L’Avenir écrivait : « Ce n’est que dans la mesure où Baudouin Ier saura d’abord et vraiment être le roi de la réconciliation qu’il pourra, comme ses illustres prédécesseurs, enrichir sa couronne de fleurons éclatants qui marqueront autant de bienfaits pour la nation tout entière. »

1955 – 1960
De « Bwana Kitoko » aux émeutes sanglantes

Quatre ans après son accession au trône, Baudouin s’envole pour le Congo belge (qui deviendra Zaïre puis finalement République démocratique du Congo). Au menu ? Une tournée d’un mois, longue de 10 000 km, durant laquelle le jeune roi séduit et conquiert le coeur des foules par sa simplicité et sa gentillesse souriante. Il reviendra d’ailleurs de Léopoldville (devenue Kinshasa en 1966) affublé du titre très flatteur de “Bwana Kitoko”, le beau garçon.

La romance ne durera que cinq ans. En 1960, le rôle du roi se limite cette fois à réconforter les Belges rentrant au pays, fuyant un Congo belge quasiment à feu et à sang. Le 30 juin 1960, le Congo accède à l’indépendance.

En 1985, le roi Baudouin effectue sa dernière visite au Zaïre dans le cadre du 25e  anniversaire de l’indépendance.

1956
Face à la plus grande catastrophe minière de Belgique

Le 8 août 1956, le pays vit ce qui allait être sa dernière catastrophe minière. Mais aussi la plus meurtrière. Des centaines de mineurs sont prisonniers du feu sous le puits du Bois du Cazier, à Marcinelle. Baudouin suit les événements de près. Il y fait même une première visite impromptue, en vêtements de sport.

Le vendredi 10 août, il revient sur place, ne cachant ni son émotion, ni ses appréhensions pour le dénouement de la tragédie. Il va au devant de la foule, il se rend au domicile des premières victimes, va réconforter les blessés à l’hôpital.

Le dimanche 12 août, sur le coup de minuit, il revient au charbonnage, en compagnie de son père, Léopold III, et du Premier ministre, Achille Van Acker.

1958
L’Expo universelle et les “troubadours du roi Baudouin”

Du 17 avril au 18 octobre, la Belgique est, un peu, le centre du monde. Notre pays accueille la première exposition universelle de l’après-guerre. Les pavillons sont érigés sur le plateau du Heysel, non loin du palais de Laeken.

Les nombreuses visites protocolaires et séjours de chefs d’État étrangers amènent le roi Baudouin à parcourir fréquemment les allées et les pavillons des pays, notamment lors des “journées nationales” organisées par chacune des nations participantes.

Découvrez le reportage complet archivé par la Sonuma.

1960
Le mariage du “roi triste”

Au début de son règne, Baudouin semble baigner dans une certaine mélancolie. Il devient le “roi triste” et des bruits de couloir lui prêtent l’intention d’abdiquer en faveur de son frère, pour se retirer dans un monastère. Le 16 septembre 1960, c’est donc une annonce surprise que fait le Premier ministre de l’époque, Gaston Eyskens : Baudouin va se fiancer avec une jeune Espagnole du nom de Fabiola de Mora y Aragon. Née à Madrid le 11 juin 1928, Fabiola est issue d’une famille de sept enfants. Pour les Belges, la princesse est une révélation.

Le 15 décembre 1960, par une journée grise et froide, le roi offre au pays une reine tant désirée. Préparée avec un soin minutieux, la cérémonie suscite un très large engouement, aiguisé par l’intervention de la télévision qui assure la retransmission de l’événement en direct.

Découvrez le reportage complet archivé par la Sonuma

1961
L’enfant qui ne viendra pas

Le 16 août 1961, au Vatican, où le roi et la reine ont été reçus par Jean XXIII, ce dernier annonce aux journalistes belges présents un heureux événement à la cour de Belgique. Nouvelle qu’il faudra démentir quelques semaines plus tard.

Cet enfant, que le couple ne pourra jamais accueillir, aura guidé l’action de la reine Fabiola. En 1961, déjà, elle écrivait “Les douze contes merveilleux de la reine Fabiola”, écrit pour les enfants et traduit en plusieurs langues. Plus tard, elle donnera aussi son nom à l’hôpital universitaire des enfants.

1990
Interruption volontaire de royauté

Les dernières années du règne de Baudouin Ier resteront marquées par son refus de signer et de promulguer le projet de loi sur la dépénalisation de l’avortement. Cette loi, votée par la Chambre le 29 mars 1990, soulève l’hostilité du Palais. Dès le lendemain du vote, le roi écrit au Premier ministre qu’il n’entend pas s’associer à pareille loi.

Pendant quatre jours, le Premier ministre et ses cinq vice-Premiers ministres vont, à tour de rôle, éprouver la détermination royale. La nouvelle fera l’effet d’une bombe. Pour se sortir de cette impasse, le gouvernement recourra à deux articles de la Constitution, permettant une éclipse royale. Cette dernière durera 36 heures, le temps pour les ministres de sanctionner et de promulguer la loi.

1993
La Belgique pleure un proche

Le 31 juillet 1993, alors que la plupart des Belges sont en vacances et que les ministres s’apprêtent eux aussi à boucler leurs valises, la nouvelle leur parvient d’Espagne : le roi Baudouin est décédé d’une crise cardiaque dans sa résidence de vacances à Motril. La Belgique est sous le choc. Pour Jean-Luc Dehaene, Premier ministre : “Aujourd’hui, le pays est orphelin de son souverain.” De très nombreux citoyens se rendent au palais royal pour déposer quelques fleurs, se recueillir, partager un moment avec d’autres… “La mort d’un proche” titrait Vers l’Avenir dans son édition des dimanche 1er et lundi 2 août 1993. Un événement et des images qui marqueront toute une génération.