Myomusique est un orchestre qui s’est formé au sein du Centre hospitalier régional de la Citadelle, à Liège. Il est constitué d’une musicothérapeute, d’un musicien, mais surtout de patients pour lesquels la musique représente bien plus que quelques notes.

Un va-et-vient incessant de patients, de visiteurs, de professionnels de la santé. Un hall d’entrée qui grouille de vie. De jeunes enfants qui viennent au monde, des femmes et des hommes qui rendent leur dernier souffle, des accidents de la vie, des renaissances. Le Centre hospitalier régional de la Citadelle ressemble à tant d’autres hôpitaux : les destinées s’y croisent, chaque jour, dans un flux ininterrompu.

Dans une salle discrète, au sous-sol de ce grand hôpital liégeois, quelques notes de musique viennent rompre avec le quotidien, tous les quinze jours. C’est là que répètent les membres de Myomusique, une formation musicale peu ordinaire.

Le groupe a vu le jour voici trois ans, à l’hôpital, et à l’initiative de la musicothérapeute Loïse Conod. C’est elle qui anime le groupe, en compagnie du musicien professionnel Pascal Chardome. « Nous habitons dans le même village. Je lui ai demandé de participer à l’aventure et il a accepté. Nous nous complétons assez bien », glisse-t-elle.

Myomusique est donc un groupe qui s’adresse aux patients de l’hôpital, qui souhaitent échanger cette passion de la musique. Voilà cinq ans que l’idée de mettre ce projet sur pied a germé. Le groupe à proprement parler existe depuis trois ans. À raison de deux fois par mois, les musiciens se regroupent, sans autre prétention que celle de passer un moment agréable.

Nous avons poussé la porte de la salle de répétition, en croisant Fernande au clavier, Liliane au métallophone, Jérémy à la guitare, Jean-Pierre à la cithare à bourdon – « que l’on peut aussi appeler épinette », précise-t-il - Conchita au Glockenspiel, Jean-François au cor, Victor aux bongos et Jean-Louis au Djembé.

Tous ont un parcours différent et leurs propres raisons de venir répéter. Certains, comme Conchita, la dernière arrivée dans la formation, n’avaient plus touché un instrument de musique depuis leur jeunesse. D’autres sont des musiciens aguerris, ayant perdu quelques facultés motrices, du fait de leur maladie.

« Au départ, le groupe s’adresse aux patients souffrant de myopathie. Mais en fait, toutes les personnes concernées par des troubles de l’appareil locomoteur sont les bienvenues. Cela concerne donc un public très large », précise Loïse Conod.

En mémoire de Nicolas

Liliane et Jean-Louis, eux, se sont intégrés au groupe d’une autre façon encore. Leur fils Nicolas ayant perdu la parole et l’essentiel de ses facultés motrices, il participait régulièrement à des répétitions, accompagné de son papa, en savourant ces moments comme une bouffée d’oxygène. Nicolas n’est plus de ce monde, aujourd’hui. Mais ses parents ont décidé de continuer à venir, comme pour maintenir sa présence au sein du groupe. Et éviter de rompre le fil qu’il avait tissé avec Myomusique.

Il suffit de les voir jouer quelques instants pour l’observer : ce groupe représente bien plus pour ces personnes qu’une formation musicale. Les ennuis de santé ne les ont pas épargnés. Ces quatre heures de répit musical, deux fois par mois, participent à une forme de reconstruction, physique peut-être, psychologique assurément.

Les patients deviennent créateurs

« Ils ne sont pas obligés de venir, mais ils reviennent quand même. Sauf lorsque, certaines fois, leur état de santé ne leur permet pas de se déplacer, explique Loïse Conod, avec une pointe de mélancolie. Parfois, on voit l’état de santé de patients se dégrader, à mesure que le temps passe. » Mais globalement, Myomusique n’apporte que du positif à ses membres, comme ils en témoignent volontiers. « Faire de la musique permet d’être créateur de quelque chose, de mettre en valeur ses propres capacités », chacun à son niveau.

Le caractère collectif de la musique s’avère important. Des rencontres ont lieu, des liens se créent. Installés en cercle, à l’écoute les uns des autres, sous l’animation bienveillante de Pascal Chardome, ces musiciens entrent en vibration au moment même où ils font sonner leur instrument, au cours d’une impro ou d’une reprise de leur répertoire varié, constitué des influences des uns et des autres.

Bientôt en concert

En dehors de sa salle de répétition à l’hôpital de la Citadelle, Myomusique s’est rarement produit en public jusqu’à ce jour. Deux opportunités se présenteront prochainement pour toutes les personnes qui souhaiteraient les entendre et les applaudir.

Myomusique se produira :

– Le 19 juin dans le hall du CHR de la Citadelle, dans le cadre des Fêtes de la Musique, entre 9 h 30 et 12 h 30 ;

– Le 8 septembre à Flémalle dans le cadre de l’événement « Les Cahottes en Fête », organisé par l’ASBL Heart’s Angels, qui réalise les souhaits de patients en soins palliatifs.