Jugé à Douai dès le 10 juin 2022, le Français Dino Scala (61 ans) est accusé de 56 viols, ou tentatives de viols et agressions sexuelles. Lors de son procès, ce père de cinq enfants « sera très précis sur chacun des faits qui lui sont imputés », selon son avocate.

"Je suis quelqu'un de bien"

"Je suis
quelqu'un
de bien"

Dino Scala, un homme au casier judiciaire vierge et père de famille de cinq enfants

Devant ses juges, 30 ans après sa première agression

Dans la pénombre, une jeune fille de 17 ans marche sur le trottoir, à proximité de la gare d’Erquelinnes, cette commune frontalière située dans le Hainaut, en Belgique, lorsqu’elle est surprise par un homme. Il lui empoigne la gorge, l’emmène derrière une vieille remise, avant de lui toucher la poitrine sous la menace d’un couteau et de disparaître. Celui qu’on surnomme, au sein de l’entité communale, « le violeur à la cordelette » a encore frappé, en ce 5 février 2018. Huit faits de viols ou d’attentats à la pudeur sont recensés dans la zone de police locale depuis 2004. Mais ce jour-là, les caméras de vidéosurveillance récemment installées dans l’entité belge permettent d’identifier un suspect. La justice française effectue un lien avec des dizaines de faits commis par le même individu pendant près de 30 ans dans le Nord de la France, où on l’appelle « le violeur de la Sambre », car il sévit dans un losange de quelques kilomètres, le long de cette rivière.

Le 26 février, à 6 heures du matin, les policiers interpellent Dino Scala (58 ans), un homme au casier judiciaire vierge, devant sa maison aux briques rouges de Pont-sur-Sambre (Nord de la France), commune de 2 500 habitants près de la frontière belge. Dans la voiture de ce père de famille de cinq enfants issus de deux mariages, les enquêteurs découvrent un couteau, des gants noirs et une cordelette.

Il n’y a plus de place au doute : après 30 ans de traque de part et d’autre de la frontière franco-belge, le « violeur de la Sambre » est démasqué. L’ancien entraîneur de football est suspecté d’avoir attaqué les femmes de dos, au petit matin, mains gantées et visage couvert. Parmi les 56 victimes présumées (dont 8 belges) recensées, trois d’entre elles sont aujourd’hui décédées.

Son modus operandi est toujours le même : « Agripper la victime par-derrière, l’immobiliser avec un étranglement fait à l’aide de mon avant-bras (…), agir tôt le matin, et principalement l’hiver, car il fait nuit plus longtemps, pour ne pas être reconnu », expose-t-il au cours de son interrogatoire. Il attaquait ses victimes alors qu’elles se rendaient à l’école ou au boulot.

« Je suis quelqu’un de bien »

Devant la juge d’instruction, il reconnaît qu’il s’attendait à être arrêté et parle de soulagement. « Beaucoup de gens vont vous le dire, je suis quelqu’un de bien », déclare Dino Scala lors de son premier interrogatoire en mars 2018, qu’a pu se procurer Le Parisien. Au fil de ses interrogatoires et de ses entretiens avec les experts apparaît une personnalité « complexe », entre un « bon père » et un homme avec des « composantes de perversité ». L’homme aux pulsions mystérieuses livre aux enquêteurs les contours d’une personnalité sociopathe ambivalente.

Il compare ses victimes à du gibier

Aux policiers, le technicien de maintenance a d’abord évoqué des « pulsions », avant de reconnaître qu’il traquait ses victimes, qu’il compare à du « gibier ». Il se rendait plus tôt près de son lieu de travail pour y effectuer des repérages. Pour y trouver sa nouvelle proie. « C’est un peu comme le chasseur qui tombe sur le gibier et qui s’apprête à faire feu », dira-t-il. « Il ne recherchait pas de cible particulière, mais toute femme qu’il pouvait trouver sur son passage », indique, pour sa part, Romuald Muller, le patron du service régional de police judiciaire (SRPJ) de Lille, sur BFMTV.

Dans le courant de l’année 2019, le volet belge est confié aux autorités judiciaires françaises dans l’optique d’un procès unique pour l’ensemble des faits. La date du début des audiences est désormais connue. Dino Scala (61 ans) comparaîtra dès le vendredi 10 juin, à partir de 14h, devant les assises du Nord, à Douai. Son procès devrait durer au total trois semaines pour permettre d’examiner les plaintes déposées pour viols, ou tentatives de viol et agressions sexuelles. Cinquante-six femmes ont déposé plainte, dont trois sont aujourd’hui décédées. Et ce, concernant des faits commis entre 1988 et 2018 sur des femmes âgées de 13 à 58 ans. Pour une quarantaine d’entre elles, Dino Scala a reconnu les faits.

Tout l’enjeu du procès est de comprendre comment ce suspect sans aspérité apparente est devenu l’un des plus grands récidivistes sexuels. Pour cela, les experts explorent son passé trouble – un père incestueux envers sa sœur – et les répercussions sur sa vie intime. Deux belles-sœurs l’accusent d’attouchements dans les années 80.

Le verdict pourrait être rendu le 1er juillet, soit plus de 1 500 jours après son arrestation.

Comment
il a été
arrêté

Des enquêteurs belges sur sa trace après une tentative de viol à Erquelinnes

Comment il a été arrêté

À la suite d’un attentat à la pudeur commis sur une ado de 17 ans à Erquelinnes, en Belgique, le violeur en série français a pu être arrêté grâce au travail minutieux de la police locale belge. Voici ce qui a permis de l’interpeller.

La dernière victime qui a permis de retrouver l’auteur présumé des faits est une jeune Belge de 17 ans, domiciliée à Erquelinnes (dans la province du Hainaut). Le bourgmestre de l’entité, David Lavaux, n’oubliera pas de sitôt cette affaire qui a ébranlé sa commune, « avec plusieurs viols ou tentatives qui se sont déroulés sur notre commune pendant plusieurs années », dit-il. Huit victimes y ont été recensées.

« On le surnommait le violeur à la cordelette »

« Nous l’appelions le violeur du matin, car il s’attaquait à ses victimes toujours tôt le matin, dans les mois d’hiver », nous explique David Lavaux. « Ces victimes allaient travailler, ou il s’agissait de mères de famille qui mettaient le cartable de leurs enfants dans la voiture. On le surnommait aussi le violeur à la cordelette, car il agressait ses victimes avec une cordelette blanche. Au fur et à mesure des agressions, on savait qu’on avait toujours affaire à la même personne. On avait presque une agression sexuelle par an, sauf en 2006 où on a eu trois coup sur coup. »

Jusqu’au moment où une nouvelle « attaque » se produit à proximité de la gare d’Erquelinnes. Là, le long des quais, une adolescente de 17 ans parvient à se dégager des mains de son agresseur. « Elle a couru jusqu’à la place d’Erquelinnes, où se trouvait un chauffeur de bus, pour appeler de l’aide. Comme nous avions l’heure précise de l’agression, de même que l’endroit où celle-ci s’est produite, notre police locale a entamé un véritable travail de recherche. »

« On n’avait qu’une partie de la plaque d’immatriculation, mais avec le modèle de la voiture et la couleur du véhicule, on a su identifier son propriétaire »

À quoi cela tient, parfois, la résolution d’une affaire. À une caméra de vidéosurveillance. Une année auparavant, David Lavaux, bourgmestre d’Erquelinnes, en a installé sept dans le quartier de la gare, « le seul coin chaud de la ville ». Un investissement de 90 000 euros qu’il ne regrette pas. Les caméras, d’ordinaire, filment des bagarres, du deal. Rien de spectaculaire, de l’aveu de l’édile. Ce 5 février 2018, l’une d’elles a sans doute enregistré la voiture du suspect. Tous les véhicules sont alors passés au crible par les enquêteurs. « Par déduction, on avait identifié tous les véhicules, sauf un véhicule français qui n’avait, en principe, rien à faire là à ce moment-là », se souvient le bourgmestre. La Peugeot 206 de l’agresseur et un bout de sa plaque minéralogique, française, ont pu être filmés. « Avec le modèle de la voiture et la couleur du véhicule, on a su identifier son propriétaire. Le travail des enquêteurs de notre police locale est alors parti à Lille, dans le nord de la France, parce que c’est là que se font les liaisons entre les polices belge et française. »

Le mode opératoire, l’heure matinale, la zone géographique… Le scénario interpelle un agent et lui rappelle le « violeur de la Sambre », du nom d’une affaire vieille de près de trente ans, sur laquelle la police judiciaire de Lille a toujours buté. Malgré un ADN relevé à plusieurs reprises, le criminel en série n’a jamais été identifié. Lorsqu’ils reçoivent la note de synthèse, les policiers lillois se rapprochent de leurs homologues belges. « D’emblée, un policier français a établi le lien avec cette personne-là, qui avait été suspectée. Elle avait même été interrogée », précise David Lavaux.

Une perquisition est ensuite opérée au domicile du suspect, en France. Dino Scala, un homme très apprécié de ses voisins, avouera d’emblée être le violeur de la Sambre.

« À l’époque, on avait pu établir un portrait-robot côté belge, mais il n’avait pas été publié en France »

« À la suite de son interpellation, c’est la fin d’une psychose dans la commune », reconnaît le bourgmestre d’Erquelinnes. « Lorsque les viols se sont succédé, on a renforcé nos patrouilles de police matinales mais ça n’a pas donné de résultats. Son arrestation a donc été un soulagement, mais c’est aussi une satisfaction pour notre police locale, qui a été à l’initiative de son interpellation. À l’époque, on avait pu établir un portrait-robot côté belge, mais celui-ci n’avait, hélas, pas été publié en France. »

Si Dino Scala commettait aussi des viols à Erquelinnes, en Belgique, c’est parce qu’il était amené à se rendre à proximité dans le cadre de son travail. « En fait, il œuvrait comme agent d’entretien auprès de nombreuses usines de la région. Il venait notamment travailler à l’usine Areva, située à Jeumont (France), à deux kilomètres de chez nous. »

Certaines victimes s’exprimeront
au procès