À l’occasion de l’inauguration, à Stoumont, du plus petit musée du monde, nous vous invitons à découvrir ces lieux insolites de Belgique, réputés être les plus petits : cinéma, maison, théâtre, église, restaurant… Des lieux souvent chargés d’histoire et qui, pour certains, font partie du patrimoine essentiel de leur commune.

Durbuy : vraiment la plus petite ville du monde ?

Le premier lieu que l’on découvre, c’est une ville : Durbuy, autoproclamée « plus petite ville du monde ». Mais est-ce bien le cas ?

© Police fédérale de Belgique

Quelques pavés mal ajustés, une petite rue qui serpente entre les terrasses et les boutiques. Au cœur de Durbuy, ce qui ressemble à une ruelle est la rue principale de la ville. Parce que, malgré sa taille minuscule, à peine celle d’un village, Durbuy est bien une ville. Et ce serait la plus petite du monde.

« C’est un clin d’œil, en fait. Mais on sait très bien que ce n’est pas le cas. » Ce constat, c’est celui de Chantal Rossignon, employée à l’Office du tourisme. Elle nous éclaire quelque peu sur les origines de cette réputation de plus petite ville du monde.

« Durbuy a été élevée au rang de ville en 1331 par le roi Jean de Bohême, comte de Luxembourg. Ce petit village s’est développé et est devenu une ville médiévale. Elle a toujours été considérée comme telle. Ensuite, quand le tourisme s’est développé, après-guerre, cette appellation a été un atout majeur. Les gens venaient pour voir la plus petite ville du monde. »

Paradoxalement, Durbuy est la 14e commune la plus vaste de Belgique. Elle s’étend sur la Famenne, le Condroz et l’Ardenne. On y compte 11.000 habitants (commune), environ 500 pour Durbuy même et à peine 50 pour le cœur historique.

Mais si Durbuy est certainement la plus petite ville de Belgique, c’est Hum, en Croatie, qui serait la plus petite ville du monde. Elle compte environ 30 habitants.

Tourisme

Durbuy vit par et pour le tourisme. Mais il ne faudrait pas que celui-ci étouffe la ville.

Pablo Docquier, (jeune) échevin du Tourisme : « Ça apporte un gros atout économique et commercial de faire savoir que l’on est la plus petite ville du monde. Enfin, ce n’est sans doute pas le cas, mais moi je dirai que ça l’est. »

À Durbuy, les touristes affluent de partout, mais principalement de Flandre, de Wallonie, d’Allemagne et des Pays-Bas.

Lorsque l’on évoque la « flamandisation » de la ville (Marc Coucke y est omniprésent), Pablo Docquier riposte : « Il y a toujours eu des familles qui ont investi dans Durbuy. Il y a des décennies, c’était la famille Caerdinael. Maintenant, c’est Monsieur Coucke, c’est une nouvelle génération d’investisseurs. Il y en a pour tous les goûts à Durbuy, de la pizzeria au restaurant gastronomique. Mais on est toujours vigilant à préserver l’âme de la ville. Les investisseurs doivent rester dans le moule durbuisien. » Pas question donc que la charmante petite ville wallonne devienne le Knokke des Ardennes.

L’âme de Durbuy, c’est son patrimoine, ses pierres, son histoire. « C’est une âme qu’il faut préserver, poursuit le jeune échevin. Durbuy, c’est toute une histoire, un patrimoine, dont nous voulons transmettre le message. Le musée d’art contemporain va d’ailleurs être agrandi avec une exposition permanente consacrée à l’histoire de la ville. L’ouverture est imminente. Le tourisme doit préserver cette âme, pas lui nuire. »

Une âme que les Durbuysiens défendent avec ardeur.

Pont-à-Celles : le plus petit théâtre du monde n’est plus

À Pont-à-Celles, un couple un peu fou a créé le plus petit théâtre du monde. Dans son salon… Mais depuis, le PPTDM a fermé ses portes.

 

« Bienvenue chez nous ». C’est par ces quelques mots que Céline Charlier accueillait le public dans le « Plus petit théâtre du monde ». Appellation contrôlée et certifiée.

La scène, la régie, le public, la loge VIP, tout ça tenait dans le salon de cette petite maison de la rue Larmoulin, à Pont-à-Celles.

On poussait les meubles, on installait les 17 chaises et le spectacle pouvait commencer.

Ce projet, un peu dingue, avait germé dans la tête de Céline Charlier et Didier Gesquière. Elle est programmatrice, productrice ; il est comédien, réalisateur. À eux deux, ils ont créé « Le plus petit théâtre du monde ».

Céline : « On a vérifié partout s’il n’y avait pas de théâtre plus petit. Il y en a un en Italie qui fait 60-70 places. Nous, en configuration assise, on a 17 places ; 33 en configuration debout. »

Didier : « J’ai beaucoup joué dans des appartements. Lorsque je suis venu m’installer ici, avec les bureaux de notre société de production, Céline a eu l’idée de faire un théâtre dans le salon. J’ai commencé à répéter pour des copains, puis à jouer en public. De fil en aiguille, le théâtre s’est installé dans nos murs. »

Et autant dire que la sauce n’a pas tardé à prendre. À tel point que les artistes qui sont venus s’y produire en redemandaient : « On a eu 10 dates avec Éric Boschman. Cédric Gervy, il viendrait bien tous les mois. Marka a adoré le concept, il en a profité pour tester des trucs ».

Parce qu’un tel théâtre, une telle proximité entre artistes et public, permettent de l’expérimentation.

Théâtre, stand-up, concerts

La programmation était multiple et variée. Didier et Céline étant leurs propres patrons, ils sont totalement libres de leurs choix. Marka, Éric Boschman, Cédric Gervy, Karin Clercq, Mathilde Renault, Fanny Ruwet. Des concerts, des stand-ups. Pour le théâtre pur, uniquement des productions « maison ».

L’idée de cette intimité permet que quelque chose se passe entre le public et les artistes sur scène. D’ailleurs, il n’y avait pas de scène, juste un tapis posé sur le sol. Toute la magie passant par le talent des comédiens et musiciens. Mais pas question de surjouer. Ça sonnerait faux, de suite. « On peut, par contre, chuchoter à l’oreille des spectateurs, nous explique Didier, de la malice plein le regard, parler aux gens les yeux dans les yeux. Faire passer quelque chose qui est de l’ordre de l’extra-intime. C’est le théâtre que moi j’ai envie de voir. »

Une proximité qui, parfois, peut mettre un peu de pression, aussi. Céline : « Je me rappelle quand Cédric Gervy est venu chez nous la première fois. Il entre, il regarde la salle et il nous dit : « Oh p***, je flippe à mort ! ». Après la première chanson, c’est passé évidemment. »

Un retour aux sources

Dans ce théâtre pas comme les autres, tout est dans ce qui est suggéré parce qu’il n’y a quasi pas de décor, le jeu d’acteur est limité, par le manque de place. On en revient à l’essentiel du théâtre, à l’essentiel du jeu. À l’essence même de ce qui en fait un moment unique. Et magique.

Depuis notre visite l’été dernier, le PPTDM a fermé ses portes. Céline et Didier ont bien l’intention de faire revivre le concept ailleurs. Avec la même énergie, le même enthousiasme. La formule plait, le public est demandeur et les artistes aussi.