Depuis quelques années, les « camions-restaurants » sont les stars des festivals, guinguettes, événements sportifs, et même des mariages. Mais pour comprendre l’histoire de ces restaurants mobiles, il nous faut remonter à l’époque de… la guerre de Sécession.

C’est grâce à un éleveur de bétail texan du XIXe siècle que nous faisons, aujourd’hui, la file devant ces camions-cantines aux odeurs alléchantes. Charles Goodnight, avant de devenir un Texas Ranger, s’établit dans un ranch. En 1861, il rejoint les rangs des Confédérés pendant la guerre de Sécession, ce qui l’amène à découvrir l’immensité de son pays.

C’est à la fin du conflit, alors que son commerce de vente de bovins a repris et qu’il conduit ses bêtes vers le nord des États-Unis, que lui vient une idée lumineuse : créer, à partir d’une diligence de l’armée, un véhicule « cantine », qui nourrirait cow-boys et chercheurs d’or durant leurs longues semaines sur la route. Le « chuckwagon », « chuck » signifiant « mandrin », soit une pièce mécanique permettant la fixation d’un outil, ici donc d’une roulotte, voit le jour en 1866.

Deux siècles plus tard

Les propriétaires de food-trucks actuels n’ont pas changé grand-chose aux idées originelles de ce Texan ingénieux. Cette première cantine mobile avait été construite en maximisant les surfaces : des étagères sur mesure, le couvercle recouvrant ces dernières se transformant en table, un système de réservoir d’eau peu encombrant et des rangements stabilisant les produits et ustensiles.

La roulotte sillonnant les plaines américaines est devenue aujourd’hui un rutilant camion… déguisé. Par exemple, il y a quelques années, les habitants de Seattle faisaient la file devant un gigantesque cochon métallique avant-gardiste, tout droit sorti d’un film de Tim Burton. Local et bio, le Maximus-Minimus proposait une carte basée exclusivement sur le porc, vous vous en doutez.

Sur les pistes de ski de Steamboat Springs, dans le Colorado, c’est une monstrueuse dameuse, le Taco Beast, qui propose des tacos aux sportifs affamés. Et en Californie, Omar Elbroody a pimpé son camion avec les pièces d’un vieil avion, modèle Douglas DC-3, pour le transformer en café « spatial », le Shuffle Space Cafe.

Direction l’Europe

Début des années 2010, une nouvelle génération de trucks voit le jour et s’invite sur le Vieux Continent. Une Californienne, Kristin Fredericks, venue se former à Paris dans une école de cuisine, a glissé dans sa valise l’idée du food-truck déjà bien implantée aux États-Unis. La street food à Paris était alors peu développée. Le Camion qui fume fait vite sensation, avec ses burgers juteux, aux oignons caramélisés et aux produits faits maison.

La jeune femme révolutionne aussi l’idée que l’on se fait de la restauration rapide : elle la rend sophistiquée, avec des produits de luxe comme le foie gras ou des champignons délicats. Dès lors, elle prouve que les cantines mobiles ne sont plus à associer uniquement à de la nourriture industrielle ou grasse, la « gastronomie rapide » est née.

Une académie pour se former

Phénomène au départ principalement urbain et, avouons-le, branché, les food-trucks ont évolué en quelques années et la restauration n’en est plus spécialement l’apanage. Le truck permet en effet une approche supplémentaire du client. Des boutiques mobiles ont ainsi vu le jour, des plus utiles aux plus farfelues : des réparateurs de vélo ou toiletteurs canins avec atelier intégré, des bars à ongles, des salles de karaoké… En Belgique, il existe même une Food-truck Academy, développée par l’Association belge des food-trucks. Elle propose des formations pour qui veut se lancer, sans prérequis demandés. Serez-vous le prochain sur les routes ?

Pour la formation, rendez-vous sur www.belgianfoodtruckassociation.org

Le véhicule saucisse

Indissociable de la culture américaine, le hot-dog doit sa célébrité à un immigré allemand. En 1873, Oscar Mayer, 14 ans à peine, travaille sur un marché à viande de Détroit. Plutôt dégourdi, il y apprend rapidement les ficelles du métier et, avec son frère Gottfried, lance son propre business. La spécialité des Mayer ?
Les saucisses allemandes, pardi ! Le succès va grandissant et, une décennie plus tard, l’entreprise est un des sponsors de l’Exposition universelle de Chicago. En génies du marketing, les Mayer apposent un logo sur leurs produits, créant ainsi une identité visuelle forte.

Mais l’apogée de leur talent entrepreneurial se révèle en 1936 avec la mise en circulation de la Wienermobile, soit la voiture-saucisse de Francfort, qui sillonne les routes des États-Unis en diffusant le jingle de la marque. Et 84 ans plus tard, ces véhicules publicitaires circulent toujours.

La pharma-coppée d’Edgard

Attiré depuis l’enfance par la nature, Edgard découvre les pouvoirs médicinaux des plantes avec sa grand-mère. Après vingt ans dans le milieu de la musique en tant que régisseur, il comprend que sa passion première peut lui permettre une reconversion et il devient guide nature, naturopathe et herboriste.
« Je voulais approfondir mes connaissances en remèdes naturels car les plantes sont à la base de notre alimentation et des soins depuis des siècles. L’allopathie n’est en effet que la synthèse de molécules naturelles. »

En découvrant ce monde plutôt discret qu’est l’herboristerie, Edgard déplore une inaccessibilité des commerces à l’ancienne même si la médecine naturelle est de plus en plus présente dans les supermarchés bio. La suite de l’aventure semble alors être une évidence : combler un vide et aller à la rencontre du public. Pour cela, Edgard restaure une vieille caravane qu’il remplit d’hydrolats, d’huiles essentielles, de macérats et de 120 plantes séchées en vrac à utiliser en décoctions ou cataplasmes. « L’herboristerie est un service populaire depuis la nuit des temps, et je voulais remettre au goût du jour cette pratique millénaire et rendre les soins accessibles en allant de marché en marché. » Edgard Coppée, un nom prédestiné pour ce commerce ? Évidemment, car pharmacopée avec un seul P cette fois signifie en grec « l’art de préparer les médicaments ».

www.pharma-coppee.be

Rolling Douche

Rolling Douche, c’est 4 423 douches dont ont pu bénéficier les sans-abri de Bruxelles depuis la création, en 2017, de cette salle de bains sur roues qui se déplace dans les rues de la capitale. L’ASBL a vu le jour « par un soir où il faisait un froid de canard, » explique Pascal, un des créateurs du projet. Lui, son ami Luc et sa fille Céline discutaient des services d’un motor-home se déplaçant dans les rues parisiennes et l’idée de faire de même en Belgique est vite apparue. Plus que de « l’hygiène mobile », c’est un accueil chaleureux qui est réservé aux personnes dans le besoin, avec du café, du thé, des biscuits, des vêtements propres, mais aussi « un accompagnement, une aide, un plan, une traduction, toujours avec bienveillance ». Créer un lien, avant tout.

www.rollingdouche.com

C’est du belge

Le petit nuage

Comme Yoan le dit avec humour, il y a quelques années, « il a pris son vélo à deux mains » pour mettre sur pied son projet. Comme il est fou de glace, en faire son produit phare était une évidence, mais il ne se voyait pas enfermé dans un camion. Comment être dehors, faire en même temps une activité sportive et être au plus proche des clients ? Avec un vélo ! « J’ai acheté un vieux triporteur et j’ai bricolé pour le retaper. » Le succès a été immédiat. Mais vers la fin de l’été, le temps s’est refroidi. Yoan a alors créé la Fastronomique, une gaufre-crêpe fourrée, salée ou sucrée, plantée sur un bâton. Yoan peut donc pédaler toute l’année.

www.lepetitnuage.be

Barbe rose

Il y a deux ans, Aurélie, infirmière en cancérologie, rêve d’un peu plus de douceur dans son quotidien car elle se sent étouffée par la souffrance des gens qu’elle soigne. L’univers sucré de l’enfance se dessine peu à peu dans son projet : Barbe rose voit le jour, un bar à barbes à papa sans colorant ni arôme ni conservateur, présenté dans une roulotte de saltimbanque. « J’aime l’ambiance des fêtes foraines, les visages qui s’illuminent, les paillettes, les pompons, les teintes roses et poudrées, les petites caravanes rétro… » Et le pari est réussi, car ce food-truck attire le regard, surtout celui des plus petits, totalement subjugués.

[email protected]

La Nata mobile

Quand vous entendez la Nata mobile pétarader dans les rues bruxelloises pour rejoindre un marché, vous ne pensez plus qu’à une chose : manger un pastel de nata (littéralement un gâteau à la crème). Ce petit flan emblématique du Portugal a fait la renommée de Wooly, une boutique de spécialités portugaises créée par Maria et son fils Marcelo. Leur food-truck est un Piaggo Ape 50 rose bonbon, avec à l’arrière quelque 600 pasteis dorés à la perfection qui nous emmènent directement dans les rues de Lisbonne. « Les food-trucks sont nombreux dans mon pays natal, une véritable institution. Mais le concept a été très bien accueilli ici et les pasteis encore plus », nous explique Marcelo.

www.woolypatisserie.com

La Wouf mobile

Dans ce camion aménagé, point de nourriture, peut-être juste un petit os à ronger et quelques croquettes. Car la Wouf mobile, dont le nom vous met certainement la puce à l’oreille, est un truck destiné au public canin. Il y a deux ans, Lætitia est sur le point de se lancer en tant que toiletteuse, mais la concurrence est rude et elle estime qu’il faut se démarquer. Résultat : elle met sur pied son salon de toilettage motorisé, et se rend directement au domicile des maîtres. « Concept adopté. Les gens adorent car ils ne doivent plus se déplacer ou attendre Médor chez le toiletteur. C’est aussi pratique pour les chiens malades ou vieux. Tout le monde est content », précise Lætitia.

www.woufmobile.com