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Huit ans. Entre sa rénovation en 1983 et son extension en 1991, le stade Constant Vanden Stock a mis huit ans avant d’offrir aux Mauves un des plus beaux terrains de jeu de Belgique, soit une arène qui répond parfaitement aux exigences de l’UEFA et qui correspond mieux au standing d’Anderlecht.

Près de quinze ans s’écoulent alors sans que le stade bruxellois ne subisse un nouveau lifting d’importance. Mais en 2004, Michel Verschueren, le désormais célèbre manager du Sporting, l’assure : Anderlecht doit s’agrandir. Trois options sont sur la table : étendre les tribunes existantes, déménager vers le stade Roi Baudouin ou construire une nouvelle enceinte. Soutenue par le ministre de la Région bruxelloise de l’époque, Guy Vanhengel, c’est finalement cette dernière alternative qui sera retenue. Le lieu du nouveau stade d’Anderlecht ? Le parking C du Heysel, à proximité du stade Roi Baudouin, sur le territoire (flamand) de la commune de Grimbergen.

La commune d’Anderlecht a beau marquer son accord pour l’extension du stade Constant Vanden Stock en février 2013, la direction du club bruxellois et les principales autorités de la capitale, aveuglées par l’idée de se débarrasser du stade Roi Baudouin (dont les coûts de rénovation s’annoncent excessifs) et d’accueillir plusieurs matches de l’Euro 2020, s’entendent sur la construction d’une nouvelle enceinte à Grimbergen. Un accord entre les différentes parties est signé le lundi 2 décembre 2013. L’Eurostadium est sur les rails. Mieux, le 19 septembre 2014, l’UEFA annonce vouloir organiser plusieurs matches (trois rencontres de phases de poule et un huitième de finale, NDLR) de l’Euro 2020 dans ce nouveau stade bruxellois. Mais le projet va rapidement capoter…

19 mars 2015

Quinze mois après s'être mis d'accord avec la direction d'Anderlecht sur la nécessité d'un nouveau stade dans la capitale, la Ville de Bruxelles et la Région bruxelloise révèlent avoir choisi le consortium Ghelamco-BAM pour s'occuper du projet. Comme convenu, Anderlecht sera le club hôte de l'enceinte dès qu'elle sera construite. Les plans du stade seront présentés quelques semaines plus tard, le 20 juin 2015.

25 septembre 2015

Coup de tonnerre. Sur son site internet, le RSCA fait savoir qu'il n'est plus en phase avec le projet de stade national soumis par le consortium. Sans le soutien des Mauves, le projet prend du plomb dans l'aile. Mais le 29 octobre, tout rentre dans l'ordre : un accord définitif est trouvé avec la direction bruxelloise, selon le CEO de Ghelamco.

09 septembre 2016

Parce qu'un chemin vicinal n'a pas été pris en compte, les riverains de Grimbergen, qui habitent près du Parking C, s'opposent à la construction d’un nouveau stade national. La justice leur donne raison. En attendant que ce sentier soit supprimé administrativement, le projet fait du surplace et se perd dans les méandres procéduraux.

28 septembre 2016

Nouvelle tuile pour l'Eurostadium. Le département Mobilité et Travaux publics de la Région flamande rend un avis négatif quant à l'étude d'incidence rendue par Ghelamco-BAM. Le consortium devra attendre un mois supplémentaire avant de voir son nouveau rapport être validé.

17 février 2017

“Il n'est plus dans l'intérêt du club de participer au présent projet, avec Ghelamco Invest NV”. C'est par communiqué de presse que la direction anderlechtoise fait savoir que le nouveau projet d'Eurostadium ne leur convient plus. Le club retire ses billes pour la deuxième fois en un an et demi.

27 mars 2017

Quelques jours après l’avis négatif remis par l’administration flamande au sujet de la demande de permis de construire la nouvelle enceinte, c’est cette fois la commune de Grimbergen qui refuse de délivrer le permis de bâtir à Ghelamco-BAM. Un jour plus tard, c'est au ministre flamand des Travaux publics, Ben Weyts, d'annoncer qu'il refuse de vendre des terrains cruciaux pour la construction du stade national .

08 juin 2017

Malgré de nombreuses tractations, la province du Brabant flamand refuse d'accorder le permis d'environnement au projet soutenu par l'Union belge. Deux problèmes sont pointés : la mobilité et la qualité de l'air. Une nouvelle demande de permis sera rentrée quelques jours plus tard, mais le football belge et les autorités bruxelloises perdent encore un temps précieux.

06 septembre 2017

Alors que la nouvelle demande de permis d’environnement n’est pas encore déposée par le promoteur, l’UEFA s’impatiente et pose un utlimatum à la Belgique : «S’il n’y a rien de nouveau quant au permis pour le stade national en novembre, nous envisagerons d’autres villes hôtes» pour l’Euro 2020.

20 septembre 2017

Le nouveau président de l’Union belge de football (URBSFA) appelle toutes les parties prenantes dans la construction de l’Eurostadium à prendre leurs responsabilités. Selon Gérard Linard, «il est minuit moins cinq» : «L’Union belge et l’UEFA demandent dès lors aux différentes parties concernées de prendre leurs responsabilités dans l’intérêt du football belge, de nos supporters, de l’image de notre pays et de notre capitale.» Bref, ça chauffe !

16 novembre 2017

«Je suis plus optimiste qu’il y a quelques semaines. Le fait que la décision des autorités flamandes ait été avancée d’une dizaine de jours est un bon signe.» Quelques semaines après avoir pressé le monde du foot belge, le président de l'URBSFA reprend espoir. Mais il reste toutefois très prudent : «Je crois en tout cas qu’il y aura un stade, même si c’est après l’Euro 2020.»

27 novembre 2017

Une semaine après l’avis négatif de la commune de Grimbergen, l’administration flamande de la Mobilité et des Travaux publics a également remis un avis défavorable au sujet du projet de stade national à construire sur le parking C du Heysel situé sur le territoire de cette commune du Brabant flamand, à quelques mètres de la Région bruxelloise. Cet avis n’est pas contraignant mais il s’agit d’un nouveau «coup de pilon» dans le projet de stade national. Et ce, à quelques jours de l'annonce de la décision de l'UEFA de conserver la candidature belge pour l'Euro 2020 ou de rayer Bruxelles de ses villes hôtes.

7 décembre 2017

Le couperet tombe : l’UEFA annonce que Bruxelles n’accueillera pas l’Euro 2020

Bruxelles

Aussi bien la Ville de Bruxelles que la Région bruxelloise soutiennent le projet du stade national. D’une part, parce que l’Eurostadium leur apparaît comme la meilleure solution pour remplacer un stade Roi Baudouin vieillissant et coûteux, et d’autre part, parce qu’il offrira la possibilité à la capitale belge d’accueillir quatre matches de l’Euro 2020.

L’Union belge

“La construction de l’Eurostadium est indispensable pour permettre au football belge de se développer de manière structurelle et durable.” Mal à l’aise dans un stade Roi Baudouin froid et aseptisé, l’Union belge milite depuis logntemps pour que les Diables rouges évoluent dans une enceinte plus chaleureuse et sans piste d’athlétisme.

Anderlecht

Parmi les plus grands défenseurs d’un nouveau stade à Bruxelles, Anderlecht, qui y a longtemps vu une occasion en or d’évoluer dans une grande enceinte moderne, a finalement lâché le consortium Ghelamco-BAM. En effet, après un premier coup de gueule en septembre 2015, les Mauves, qui jugent les derniers plans “insuffisants” et trop éloignés de leurs attentes, ont quitté le bateau en février 2017.

L’athlétisme belge

Parce que l’Eurostadium provoquerait la démolition du stade Roi Baudouin, l’athlétisme belge s’insurge contre cette nouvelle enceinte. Et ce, malgré l’assurance des autorités bruxelloises que le Memorial Van Damme retrouvera un toit digne de ce nom ailleurs en Belgique.

La N-VA

Bien installée à plusieurs postes clés de Bruxelles et de la Région flamande, la N-VA ne se gêne pas pour tirer sur l’ambulance dans ce dossier très communautaire. Exemple avec Johan Van den Driessche, député bruxellois, qui s’interroge sur le financement public des travaux ou encore Ben Weyts, ministre de la Mobilité et des Travaux publics, qui refuse de donner son aval à un projet qu’il juge invivable sans la présence quotidienne d’un club comme Anderlecht.

Grimbergen

Soutenue par des riverains installés à proximité du parking C (où doit s’ériger le futur stade national), la commune de Grimbergen complique la tâche du consortium Ghelamco-BAM en refusant notamment de lui délivrer un permis de bâtir.

La Pro League

“Une concurrence déloyale” et un “conflit d’intérêt” : voilà comment Bart Verhaeghe, le président du Club de Bruges, juge le projet de stade national auquel serait adossé Anderlecht. Et il n’est pas le seul dirigeant de la Pro League à s’indigner.

Très critiqué par le monde politique, sportif et économique, le stade national tel qu’imaginé par les autorités bruxelloises et l’Union belge risque donc de ne jamais voir le jour. Et pourtant, les autres solutions qui s’offrent au football belge sont quasiment inexistantes…

En effet, sans Eurostadium, l’Union belge et les autorités bruxelloises n’auront d’autres choix que de faire une croix sur les matches de l’Euro 2020 et de remettre de l’argent dans la rénovation du stade Roi Baudouin. Un choix absurde, selon le bureau d’experts néerlandais The Stadium Consultancy, mandaté par Ghelamco.

D’après ce bureau, la rénovation du stade Roi Baudouin atteindrait 300 à 400 millions d’euros. Une somme importante mais insuffisante pour espérer accueillir des matches de l’Euro 2020 puisque certaines des requêtes de l’UEFA (qui exige 50.000 places assises alors que le Heysel n’en possède que 16.563 qui répondent aux standards européens, NDLR) ne seraient pas remplies.

Autrement dit, il n’existerait pas de plan B à la construction d’un nouveau stade national.

Où jouera Anderlecht ?

En quête d’installations plus modernes, les Mauves, qui ont pourtant reçu l’accord du collège communal anderlechtois pour ajouter un troisième anneau au Parc Astrid, pourraient se contenter d’agrandir leur infrastructure actuelle. Mais le club, qui ne veut plus bricoler, rejette l’idée. Et se trouve dans une impasse.

Jo Van Biesbroeck, le directeur opérationnel du club bruxellois, résume parfaitement la situation actuelle du RSCA dans une interview accordée en mars 2017 à “L’Echo” : “Je pense que le club doit se regarder dans le miroir et se demander s’il dispose de ce qu’il faut en termes d’organisation, de ressources et d’hommes pour réussir. La réponse est “non”. Et c’est une situation à laquelle nous devons faire face.”

Et les Diables rouges ?

Comme pour les Anderlechtois, les Diables rouges vont se retrouver dans une impasse si une solution n’aboutit pas rapidement. Face à la volonté des autorités bruxelloises actuelles de délaisser le Heysel, le seul stade belge dont la capacité d’accueil soit suffisante, l’équipe nationale n’aurait d’autre choix que de se tourner vers les installations des clubs belges. A l’image de ce qu’ils font déjà de temps en temps face à de plus petites équipes, les Diables se déplaceraient alors de stade en stade en fonction des matches. A moins qu’ils ne trouvent refuge à l’étranger.

En effet, comme évoqué à plusieurs reprises, les Belges pourraient s’exaptrier à quelques kilomètres de la frontière belge pour les matches internationaux officiels. La piste de Lille a notamment été évoquée.

Qui pour payer les frais engagés ?

Avant même qu’il ne sorte de terre (pour peu que sa construction débute un jour), le stade national a déjà coûté pas mal d’argent à Bruxelles. D’après plusieurs médias, la Ville aurait déjà déboursé entre un et deux millions d’euros en frais d’avocats et en études. Et ce n’est pas encore fini…

Que Ghelamco-BAM bâtisse l’Eurostadium ou pas, il est clair que le consortium va réclamer un remboursement des frais liés à ses dépenses personnelles (frais d’avocats, plans, études,…). Pire, l’entreprise néerlandaise risque également d’intenter une action en justice contre les autorités bruxelloises afin de réclamer d’importants dommages et intérêts.

Quid des autres stades belges ?

Rénovés pour la plupart à l’occasion de l’Euro 2000, les principaux stades belges vieillissent désormais très mal. A l’image du Parc Astrid, nombreux sont ceux qui deviennent obsolètes et qui répondent à peine aux exigences du haut niveau européen. Même la Ghelamco Arena de Gand, inauguré en 2013, ne dispose que d’une faible capacité d’accueil (20.000 places). Conclusion ? Les stades du Royaume doivent être rapidement rénovés sous peine d’entraver la marche en avant du football belge. Mais là encore, plusieurs questions se posent : est-ce que les clubs en ont les moyens ? Et est-ce que le fiasco du stade national ne risque-t-il pas de refroidir de potentiels investisseurs ?

Quelle conséquence sur la réputation de la Belgique ?

Outre le fait que le football belge est pénalisé par l’absence d’un stade national, le fiasco de l’Eurostadium aura sans doute un impact important sur la réputation de notre pays à l’étranger. Economiquement – qui voudrait investir dans un pays où les lenteurs administratives provoquent plusieurs millions d’euros de pertes ? – mais aussi sportivement.

En effet, sans stade national, Bruxelles ne pourra pas accueillir les quatres matches de l’Euro 2020 qui lui était promis par l’UEFA. Un manque à gagner important pour l’économie locale mais aussi un «bad buzz» qui risque de plomber pour plusieurs années l’image de la Belgique, ses autorités et son football à l’étranger.